En direct de Jerusalem

En direct de Jerusalem

Le Blog de Katy Bisraor Ayache

 
 
 
 

Regard sur l’actualité d’il y a 4000 ans

 

Dans la parasha ( section ) de la Tora que le monde juif lira ce shabbat, Hayé Sarah, dans le livre de la Genése, il est écrit:

Abraham défaillit et mourut, dans une heureuse vieillesse, âgé et satisfait; et il rejoignit ses pères. Il fut inhumé par Isaac et Ismaël, ses fils, dans le caveau de Makpéla, dans le domaine d’Efrôn, fils de Çohar, Héthéen, qui est en face de Mamré;
Genése 25 – 8-9

ח וַיִּגְוַע וַיָּמָת אַבְרָהָם בְּשֵׂיבָה טוֹבָה, זָקֵן וְשָׂבֵעַ; וַיֵּאָסֶף, אֶל-עַמָּיו. ט וַיִּקְבְּרוּ אֹתוֹ יִצְחָק וְיִשְׁמָעֵאל, בָּנָיו, אֶל-מְעָרַת, הַמַּכְפֵּלָה: אֶל-שְׂדֵה עֶפְרֹן בֶּן-צֹחַר, הַחִתִּי, אֲשֶׁר, עַל-פְּנֵי מַמְרֵא
בראשית כה – ח,ט

Tout sépare depuis leur jeunesse Isaac et Ismaël. Mais dans ce moment tragique de la disparition de leur père, Itshak ancêtre du peuple juif et Ismaël, ancêtre du peuple arabe, trouvent la voie de la coexistence, décident de dépasser la violence de leurs différents et vont ensemble enterrer leur père Abraham.

Super moon 1948

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La super lune, c’est certes pour chacun des citoyens du monde, mais en Israël elle semble encore plus pleine, plus ronde, plus brillante, plus lumineuse, plus près de nous. Peut-être parceque la dernière extra-super-Moon, c’était en 1948,  l’année de la création de l’Etat d’Israël…

Quatre minutes avec Shimon Pérès

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J’avais publié ce post, le 30 décembre 2010. Et voici de nouveau, pour parler d’une autre manière de Shimon Pérès, le Pérès dans l’intimité. 

Justement aujourd’hui, où l’honneur de l’institution de la Présidence, symbole de l’Etat d’Israël, a été aussi dramatiquement touché, ( nous étions alors le 30 décembre 2010 en pleine affaire Katsav) Ouvda, l’une des plus célèbres émissions de la télévision israélienne, a diffusé dans sa série, “quatre minutes et un autre regard”, quatre minutes avec le neuvième Président de l’Etat d’Israël. Quel que soit les opinions sur le parcours politique de Pérès, l’homme est celui du bel Israël, idéaliste, passionnel, pur et dur, dernier loup de cette génération qui a construit Israël.

La journaliste accompagne Shimon Pérès dans son appartement présidentiel. Shimon Pérès, seul à sa table de petit déjeuner, servi par la “gouvernante’ de la maison présidentielle et lui demande ” Vous n’avez pas l’impression d’être seul ?”

Shimon Pérès ” Cette maison, est celle où je vis. Sonia a été l’amour de ma vie, et rien n’a changé et ne changera. Mais elle a choisi un chemin. Moi ici, elle là bas. Et c’est le droit de chacun de choisir son chemin. Je vis donc ici seul. Je me sens seul parfois. Parfois seulement. Je travaille tout au long de la journée et je suis très entouré. Et un homme âgé, a tellement d’années avec lui, trop pour être seul”

La mort? ” L’ennui, c’est la mort, la mort, l’ennui. Ben Gourion avait 70 ans, et m’avait dit, je vais mourir à 86 ans, et il est mort cet âge, comme d’ailleurs plusieurs membres de sa famille. Comme un choix. Moi je ne fais pas de prévision… ”

Vous n’avez pas peur un jour de ne plus pouvoir? ” La peur. Que ferais je avec la peur. Est ce que la peur changera quelque chose, non n’est ce pas. Alors je n’ai pas peur. ”

L’âge ? ” Un homme de 87 ans, peut être aigri, triste, misérable ou optimiste. Je suis optimiste. Un homme âgé, ce n’est pas un homme du passé, c’est un homme, aujourd’hui. Tous les soirs je pense à demain. Tous les soirs, je vais dormir, en me posant deux questions cruciales, qui ai je vexé aujourd’hui, et quelle a été ma contribution à ce monde. Deux questions pour pouvoir demain, corriger et continuer.”

Et encore une petite histoire découverte pendant ces quatre minutes, Shimon Pérès lit Le Monde, pas sur internet, mais Le Monde sur papier, qui lui est amené tous les matins sur son bureau.

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Le grand-père de Shimon Pérès

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Dans son discours d’investiture à la Knesset, lors de son élection à la Présidence de l’Etat d’Israël en 2007, Shimon Pérès, a raconté , sa dernière rencontre avec son grand-père maternel le rabbin Zvi Hirch Meltzer.

Le rav Zvi Hirch Meltzer, est le descendant du célèbre rabbi Haim de Volozhin, le sage de la ville de Valojyn au tout début du 19e siècle. Sa fille, la mère de Shimon Pérès épouse un des jeunes juifs militant du mouvement sioniste naissant dans la Pologne d’alors. “Nous n’étions pas religieux à la maison, je ne suis pas religieux” a raconté Shimon Pérès, “mais mon grand-père a influencé  toute mon existence, il m’a fait découvrir le monde juif, le monde de la yéshiva, les pages du Talmud, la bibliothèque juive, le judaïsme.”

Un jour, Shimon, avait alors 4 ans, toute la famille sous l’influence du grand-père se rend à Radin, la ville du célèbre Hafetz Haim, qui lui fait une bénédiction, de vivre de longs jours. ” Je crois que je suis arrivé à cet âge,” dit Shimon Pérès, le jour de ces 90 ans, “grâce à la bénédiction du grand sage qu’était le Hafetz Haim”.( Qui s’est d’ailleurs aussi éteint à l’âge de 94 ans, le 24 du mois d’Eloul, exactement comme Shimon Pérès).

En 1934, le père de Shimon Pérès est déjà en Palestine. Shimon, sa mère et son frère, quitte à leur tour la Pologne. Sur le quai du train, le rav Zvi, prend la main de son petit-fils, et lui dit ; “Shimon, n’oublie jamais, tu es juif, Shema Israël, rappelle toi, toujours, reste juif toujours.” 

Je me rappelle encore la voix de mon grand-père “ racontera Shimon Pérès. Son grand-père ainsi que toute la famille de son père et de sa mère furent assassinés par les nazis, quelques années plus tard.

 

Photo Shimon Pérès et sa famille, son grand-père à gauche, Shimon est le troisième enfant debout à droite
Photo – Israel Photo Collection

Sonia et Shimon Pérès

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Photos Archives Government Press Office

Même les superman ne sont pas éternels. Le plus optimiste des israéliens, le dernier des pères fondateurs d’Israël fait ses adieux après des décennies de lutte, d’échecs et de succès, après avoir été l’homme le plus haï d’Israël avant de devenir l’homme le plus adulé.

Dans ces heures, où tout Israël parle de Shimon Pérès, j’ai voulu aussi parler de Sonia Pérès, disparue il y a cinq ans. Pendant deux ans nous avons été voisines, dans un quartier du nord de Tel-Aviv. Je promenais mon bébé, elle faisait ses courses. Je lui disais mon admiration pour Shimon Pérès, elle me donnait une recette de gateau. Lors de sa disparition, je lui avais consacré un des textes dédiés aux femmes d’Israël dans mon livre En direct d’Israël. Alors voici :

Au début du mois de janvier de l’année 1985, des protestataires bravant le froid glacial des nuits de Jérusalem, campaient devant la résidence du chef du gouvernement, rue Balfour, pour brandir au petit matin des pancartes hostiles à Shimon Pérès. Mais dès que le convoi officiel avait disparu, l’épouse du premier ministre faisait entrer à la hâte la poignée de manifestants dans la résidence pour leur offrir un petit déjeuner et des vêtements chauds. « Shimon  savait et était d’accord » a raconté, des années plus tard, une amie de Sonia Pérès.

A l’aube d’un matin de l’hiver 2011, la première dame s’est éteinte à l’âge de 87 ans, à  Tel Aviv, dans son appartement du 12 de la rue Oppenheimer.  Seule. Loin de son mari, le président de l’Etat d’Israël. C’était son choix. Depuis le début des années cinquante, Sonia Pérès jouait son rôle plutôt à contre cœur. La figuration lui était fastidieuse, les mondanités, rébarbatives et la curiosité des journalistes, mesquine. Elle portait un regard de mépris sur l’hypocrisie sociale et ne voulait pas s’impliquer dans les affaires de l’Etat. A la fin de sa vie, Sonia Pérès décida de dire Non!. Quelques années plus tôt, Shimon Pérès était devenu  le neuvième président d’Israël et avait emménageait dans la belle résidence de Jérusalem. Elle restera dans la maison familiale. Au président vénéré, elle préféra ses vieilles amies. Elle délaissa le faste du pouvoir. Elle aimait mieux ses meubles, son shabbat, ses visites aux pauvres de la ville et les longs instants douillets entre ses petits-enfants, les jeux de carte, la pâtisserie, et la lecture.

Sonia Pérès est allée jusqu’au bout de son choix. La sépulture au cimetière du Mont Herzl, dans le carré des Dirigeants est restée inoccupée. Sonia a préféré reposer dans le village de son enfance, sous les peupliers immenses de Ben Shemen, le village agricole des fondateurs de l’Etat où, quelques années avant la création d’Israël, elle rencontra Shimon Pérès, son cadet d’un an. Devant la tombe de sa femme, comme une dernière déclaration d’amour, Shimon Pérès prononça une phrase: “J’ai aimé Sonia dès le premier regard et mon amour n’a point d’âge.” Pourtant,  cet amour là  n’avait plus convaincu Sonia Pérès.

Loin du regard public, des honneurs et des convenances, Sonia Pérès est restée libre, indépendante et souveraine. 

 

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Opéra en Galilée

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“L’économique et la musique se marient parfaitement” explique Muriel Haïm, l’initiatrice des Journées de Galilée. “L’économie, la technologie, tout comme la musique dépassent les frontières et contribuent à l’amélioration de la qualité de la vie des citoyens du monde”.

Dans cet esprit, la Galilée accueille cette semaine les Journées internationales de Galilée, des rencontres économiques  et un festival d’Opéra Baroque.

Dans la cour de la forteresse des Croisés de la vieille ville d’Acre, l’ensemble des Talents Lyriques, dirigé par le chef d’orchestre français Christophe Rousset présentera trois grands classiques : Actéon (1684) de Charpentier, Didon et Enée (1689) d’Henry Purcell et Alcina (1728) d’Haendel. Pour Alcina, la magicienne qui envoute les hommes, l’artiste et vidéaste américaine Naomie Kremer a créé le spectacle vidéo qui sera projeté sur la forteresse.

Quelques heures auparavant, à Zirkhon Yaakov et au Technion de Haifa, les participants se réuniront sur  le thème ambitieux de ” La Technologie change le Monde et le Moyen-Orient” et lanceront le premier Cercle International d’économistes.

Avant de s’occuper de musique et d’économie, Muriel Haïm a déjà été l’architecte de beaux projets. Elle a participé à la création de Beit Ham, la maison qui à Jérusalem accueille quotidiennement des enfants après l’école et lutte ainsi contre la délinquance.

Et surtout en tant que médecin, elle dirige l’association Un cœur pour la paix, qui avec le professeur Jean-Jacques Rein, a sauvé dans les hôpitaux israéliens, plusieurs centaines d’enfant palestiniens atteints de malformations cardiaques.

Un cœur pour la paix, tout comme les journées de Galilée, des micro-projets d’espoir dans un Moyen Orient à feu et à sang.

 

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Tel Aviv Live de Nellu Cohn

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” Quand vous arrivez à Paris, vous êtes dans un musée du 19e siècle, quand vous arrivez à New York, le musée est celui du 20e  siècle. A Tel Aviv, les gens ne savent pas. Ils cherchent. Ce qui fait leur identité, c’est cette recherche. Il y a toutes sortes de voix, une multiplicité de voix. Cette recherche constante est émouvante et fascinante”  dit Etgar Keret, un des artistes que Nellu Cohn fait parler dans son film.

Après y avoir consacré plusieurs livres, des mots et des photos,  (auquel d’ailleurs j’avais consacré un papier),  Nellu Cohn filme Tel-Aviv.

Le documentaire, “Tel Aviv, Live” présenté en France ces derniers mois, arrive cette semaine dans les salles israéliennes, avec une première projection à la cinémathèque de Tel-Aviv.

Tel Aviv, la plage et sa promenade, le soleil, les restaurants, Tel Aviv c’est tout cela. Mais pas seulement. Nellu Cohn a voulu raconter à travers des artistes emblématiques de la ville, le Tel-Aviv profond. Pourquoi Tel Aviv attire tellement ? Pourquoi Tel Aviv interpelle ? D’où vient l’énergie créatrice de la ville ?

” Mégalopole à la pointe de la culture, Tel-Aviv est un métissage de talents, un foisonnement d’audaces qui fait de cette ville l’une des plus vivantes du monde. Je ne suis pas écrivain. J’ai donc laissé la plume à d’autres personnalités, les artistes de Tel-Aviv, Menashe Kadishmann, Etgar Keret, Noa et David Tartakover.  J’ai pour ma part utilisé un langage qui m’est cher : celui de l’image. “

Pour un avant-gout, pour découvrir l’autre Tel-Aviv, voici le très beau teaser du film.

Manitou en chanson

 

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“Pour moi chanter une chanson de Brassens ou un psaume de David, c’est la même chose, cela peut me donner le même frisson. »  dit Patrick Ayache.

Né à Paris en 1958, passionné de chanson depuis l’âge de 14 ans, Ayache fait son  alya en Israël à Mayanot, l’école de Manitou, le rav Léon Aschénazi  . Il écrit d’ailleurs sur Manitou,  une très belle chanson Toi le Maître. Depuis il donne de nombreux concerts en français et en hébreu.

A l’occasion de son prochain concert et de la soirée qui sera consacrée dans quelques semaines à Manitou au théâtre de Jérusalem, voici les paroles de la chanson dédiée à Manitou. 

Toi le Maître

(Paroles & Musique : Patrick- Shmuel Ayache)

Toi le Maître aux doigts étonnants

Toujours là entre deux voyages

Toujours à nous indiquer la page

Comme on le fait à un enfant,

Quelque part dans Jérusalem

J’ai grandi comme un bout de lierre

Dans cette belle maison de pierre

Où tu nous enseignais en ce temps.

Toi le Maître aux doigts étonnants

Tu as guidé de signe en signe

Tous ces vagabonds qui cheminaient

Tout seuls depuis trop longtemps,

Par les villes de pays d’Europe

Par des chemins d’Extrême-Orient

On revenait sans trop de raison

On rentrait tout juste à la maison.

Aux sources profondes de ton être

Assoiffés nous avons bu sans fin

Sans jamais étancher notre soif

Sans jamais apaiser notre faim.

Où sont- elles ces belles nuits d’étude

Qui nous manquent tant aujourd’hui

L’âme se rechargeait d’infini

Dans des mondes de plénitude.

Toi le Maître aux doigts étonnants

Toujours là entre deux voyages

Toujours à nous indiquer la page

Comme on le fait à un enfant.

Cet enfant qui reste au fond de nous,

Un enfant qui chante ton message

Et qui pense à toi tout simplement

Toi le Maître aux doigts étonnants.

 

Patrick-Shmuel Ayache  donnera un concert le mardi 13 septembre à 20h30 à la Synagogue Beth Yossef, 10,Rue Mekor Haïm dans le quartier de Bakaa à Jérusalem.

Le 9 Av : le ménage du Messie

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A Katamon, la pierre rosée de Jérusalem plaquée sur les vieux murs de plâtre a métamorphosé les taudis où s’entassaient les immigrants du Maroc dans les années cinquante. Au fil des années, le quartier misérable s’est épris de coquetterie. Les cours avenantes des maisonnettes bordent des ruelles soignées et les galetas ont pris des allures de villas-lego. De la petite pièce grisâtre où Simona, démunie de tout, avait débarqué au début de l’hiver 1953,  il ne reste qu’une photo jaunie d’une famille autour d’un poêle. Aujourd’hui, comme des cubes surmontant d’autres cubes, des pièces avec des balcons rajoutés  s’assemblent harmonieusement au dessus d’un patio fleuri où poussent de  la menthe, du romarin et du basilic. A 92 ans,  Simona est une matriarche de poigne. Elle est surtout une conteuse.

Le jour du 9 Av, elle raconte inlassablement la même histoire. Simona veut convaincre. Avec une anecdote, transmise de mère en fille depuis deux siècles, elle cherche à justifier qu’en ce jour de deuil millénaire, elle entreprend les grands ménages.

” Sur les montagnes de l’Atlas marocain, les Juifs attendaient avec impatience le 9 Av. Les sages ne nous enseignent t-ils pas que le Messie viendra à la fin de cette journée de deuil? Vers midi, après avoir récité avec ferveur les Lamentations de Jérémie, la maîtresse de maison, ôtait brusquement ses vêtements de deuil, jetait de l’eau sur les dalles de sa maison, commençait à astiquer lustres et argenterie, disposait ses marmites sur le feu, enfournait de la pâte à pain et fourrait entre les mains de son mari un pinceau pour repeindre les murs qui avaient eu le temps de se salir depuis Pessah. Le Messie arrivera dans quelques heures et il fallait bien se préparer à l’accueillir.

Vers l’an 1780, le Hida ( Le Hida est l’acronymie de Haïm Joseph David Azoulaï, l’une des sommités rabbiniques du XVIIIe siècle) se rendit au Maroc. Dans un sermon acéré, il s’insurgea contre la tradition de ces grands ménages: « Le Temple brûle et vous osez remettre votre maison à neuf ! Pour ce 9 av, vous resterez en deuil jusqu’à la nuit ».

Le lendemain, le Hida s’arrêtant un moment à l’ombre d’un arbre, surprit une conversation entre deux femmes du mellah : « Le grand rabbin nous interdit de faire du ménage. Il doit savoir que le Messie ne viendra pas cette année. A quoi bon les ménages? Quel chagrin! Quelle déception! »

Le Hida, consterné, se rendit sur le champ chez le rabbin et lui demanda d’annoncer à tous les chefs  de famille que leurs épouses pouvaient… « devaient  balayer, laver, blanchir leur maison car le Messie viendra cette nuit-là…»

Simona est fière et radieuse. Ses arrières petites filles rient aux éclats devant les mimiques théâtrales de leur aïeule. “Mes chéries, mes chéries, n’oubliez surtout pas, lorsque vous serez mariées, avec l’aide de Dieu. Il y a le grand ménage de Pessah, le ménage du shabbat, mais le plus important des ménages de l’année, c’est aujourd’hui, ce jour du 9 Av, le ménage du Messie.”

 

 

 

Mea Shearim

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Méa Shéarim a été maintes fois photographié. L’effervescence des rues, les immenses centres d’études talmudiques, les minuscules et ancestrales yéshivot, les mikvés d’antan, le tisch des rabbis, les hommes, portant chapeau et calotte noirs, les femmes aux longues robes poussant des poussettes, entourées par une ribambelle d’enfants, et celles au foulard noir, tout attire le regard du photographe.

Cette fois, c’est une jeune-femme française, Raphaëlle Abib qui photographie Méa Shéarim et qui expose à Jérusalem. Le regard est très particulier. Je lui laisse la parole :

J’ai découvert le quartier de Mea Shearim lors de mon premier voyage en Israël. Soudain, j’ai eu envie d’aller vers l’inconnu, vers cette communauté qui vit selon ses propres codes, hors du temps et de notre modernité. Les habitants de Mea Shearim représentent aussi un visage du judaïsme qui m’est étranger et m’interpelle. Je n’ai pas l’habitude de photographier des inconnus, encore moins des personnes avec lesquelles je ne peux communiquer par les mots. J’ai volontairement choisi de travailler avec un objectif 50mm, qui oblige à faire des plans serrés. Pour réaliser certaines prises de vue, j’ai voulu affronter tantôt l’hostilité d’un regard, tantôt un geste de refus ou des paroles dont le ton se voulait blessant. J’ai senti combien tout regard étranger est vécu comme une tentative d’intrusion inacceptable. J’ai voulu braver l’interdit, pour tenter de lever un petit coin du voile, sur ces êtres qui traversent les rues de ce quartier de Jerusalem avec une détermination sans faille. J’ai aimé les saisir pendant ce moment unique de Pessah, où les couleurs, les rituels, les symboles, sont encore plus forts. De ce face à face, que sans mon appareil photo je n’aurais pas osé vivre, je suis sortie différente.

 

Raphaëlle Abib – Série de 23 photographies 61×51 cm, impressions pigmentaires sur papier Fine Art Hahnemühle Baryté 315 g. Edition limitée à 6 exemplaires, numérotée et signée. Prix de chaque photographie encadrée: 850 us$ ou 3000 NIS

31 mai – 28 juillet 2016

Municipality Gallery Jerusalem, 17 rue Yaffo

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Mes trois photos des 68 ans

הנשיא אפרים קציר מעניק לגולדה מאיר, בטקס הענקת פרסי ישראל ביום העצמאות 1975

 

Pour les 68 ans d’Israël, j’ai choisi trois photos d’un Israël d’antan  libéral, tolérant, magnanime.

( Certes je ne veux pas idéaliser l’Israël d’hier, mais il y régnait une certaine ouverture et indulgence comme le montrent ces quelques clichés.)

1940 David ben Gourion, Dirigeant de l’Agence juive et du futur Etat d’Israël, en maillot sur les rives du Jourdain avec sa famille. Imaginez vous une photo aujourd’hui de Benjamin Netanyaou en maillot, la crise gouvernementale éclaterait rapidement.

1975 Golda Meir, trois ans après la guerre de Kippour. Après avoir démissionnée de son poste de Premier ministre, Golda Meir reçoit le prix d’Israël du Président de l’Etat d’Israël d’alors Ephraim Katsir et la caméra éternise ” un baiser à la française “. Un tel baiser du Président Rivlin à une lauréate du prix d’Israël en 2016 ? Inimaginable…

1910 Le Kotel, une photo rare, authentique, où l’on voit un fidèle prier auprès des femmes devant le mur millénaire. Les juifs de l’ancestral yishouv juif de Jérusalem avaient une vision unitaire du Kotel…

Le crédit des trois photos GPO Archives récemment mises en ligne.

 

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Le syndrome de Pessah

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L’agitation perpétuelle de la société israélienne donne déjà le vertige. A la veille de Pâques, le bouillonnement devient explosif. Le stress est la marque de fabrique de la fête. Comme si chacun, son balluchon sur l’épaule, allait, bel et bien quitter l’Egypte, fuir l’esclavage, traverser la Mer Rouge et entamer sur les pas de Moshé, un voyage de quarante dans le désert, pour arriver en terre promise. Mais vous y êtes, en terre promise! Israël, le pays où coulent le lait et le miel, où Prada et Porche ont pignon sur rue, où la liberté n’a parfois aucune limite, où la prospérité est, pour certains, à portée de main. Non et non! Les Israéliens se croient sur une scène de théâtre. Pendant quelques semaines, ils deviennent acteurs de leur histoire millénaire. En regardant l’affolement et la surexcitation des veilles de Pâques, on croirait lire les versets de l’Exode.

La logique perd ses droits. Si les clichés ne disent en général rien du réel, ce n’est pas le cas de Pâques. Le matériau principal de cette fête est fait d’un mélange de tension, de nervosité, d’angoisse et d’impatience. Chacun carbure pour l’autre. L’air du temps suscite une semi-terreur. Les carnets de rendez vous se figent. Rien! Ne me demandez rien! Mais justement c’est pour Pâques que… ! Rien ! Après Pâques ! Personne ne vous accordera ici un rendez vous, ni le peintre, ni le médecin, ni votre client. Campée sur son comptoir, la caissière tape des chiffres à l’infini. Dans les magasins bondés, il faut pousser des coudes, pour dénicher une belle jupe au prix maxi. Le piéton prend des risques pour se frayer dans les rues bondées. Jusqu’à l’aube, les chariots des supermarchés crissent entre les allées. Les voitures klaxonnent au quart de seconde en se demandant pourquoi le rouge n’a pas encore virer au vert. Même la charité se fait bouillonnante. Comme si les pauvres ne mangeaient qu’à Pâques. Les organisations caritatives placardent des affiches « Mettez dans ce carton une bouteille d’huile, un paquet de sucre et des friandises pour les pauvres» et ramassent de quoi nourrir  une nation pendant des mois. Devant papi et mami fiers et amusés, les adolescents peignent avec énergie les murs. Les balcons et les jardins fleurissent à plaisir. Sur les rives du Jourdain, à la frontière avec le Liban, les bateliers des kibboutz astiquent les kayaks à touristes.

Parés de leurs apparats des grands jours, les rabbins procèdent à la vente du hametz du pays à Mahmoud, l’habitant du village d’Abou Gosh. À Kfar-Habad, les Loubavitch font virevolter les  matzot dans leurs fours à bois.

Tsahal se laisse aussi tenter à ces remous. Adieu Hamass-Jiaad-Hizboulah. La grande opération logistique de la semaine est de rendre les cuisines des bases militaires « casher pour Pâques » explique très sérieusement le chef d’Etat major.

A l’approche de Pâques, la maitresse de maison virevolte de sa cuisine à son armoire avec la frénésie d’une danseuse du ventre. Il s’agit de tout finir à temps. Poussière, rangement, peinture, dégraissage, blanchissage. La forcenée de Pâques ne pense que balai, chiffon et eau de javel. Son regard embrase chaque matin ses armoires en remue-ménage et sa tension monte encore de quelques crans. Le dernier jour, l’excitation, l’affolement et l’horloge qui s’emballe créent des turbulences orageuses. Les risques d’hypertension menacent. Puis progressivement l’affolement s’apaise. La journée avait commencé sous des ruissellements de sueur. Elle s’achève en extase devant la maison astiquée et la ribambelle d’enfants en blanc immaculé. En blanc vaporeux de coton et de soie, la maitresse de maison regarde autour d’elle, presque surprise de la tempête qui s’est fait brise du printemps.

Et si le message était spirituel. Si la surexcitation était pour calmer les exaspérations de l’âme, pour sublimer l’esprit. Fête clef d’Israël, incontournable, passionnelle, parce que remise à zéro. Volupté des débuts, émerveillement de l’aurore, enchantement du nouveau, espoir des départs. Pâques est arrivé.

 

La houmoussia Eliahaou

IMG_20160417_161438Il y a en Israël des endroits magiques. Où tout Israël se retrouve côte à côte sur les mêmes longues tables en bois, le petit génie qui travaille dans la zone high tech de Yokénam, des officiers de Tsahal en route vers la frontière libanaise, les deux copines du kibboutz religieux du coin avec leur bébé, l’arabe qui construit la nouvelle autoroute six, la secrétaire du maire, la ministre de la culture…

Autour d’un plat unique. Houmous, sésame, oeuf, graines, huile d’olives, olives noires, granité de citron, et café au hel. Tout pour moins de 25 shekels. Gourmet et santé. En direction du nord du pays, sur la route 70, à Yoknéam, demandez la Houmoussia Eliahou.

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La période rose-violet

 

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Le printemps a en Israël ses couleurs. Les arbres jaunes-rouges-dorés des automnes de Paris et de New-York sont rares ici. L’artifice des couleurs c’est pour le printemps. Et les arbres se donnent le mot. Il y a d’abord la période blanche des amandiers de Tubichvat. Puis quelques semaines plus tard débute la période rose-violet.

Ces jours-ci sur les routes d’Israël, on peut voir un peu partout des arbres rose-violet. Puis viendra la période jaune. Des milliers et milliers d’arbres jaunes annonceront l’approche de Pessah. Puis ce sera la période bleue, ces arbres magnifiques aux fleurs bleues du début de l’été.

Pour mes amis du Blog, j’ai pris cette photo sur la route qui méne de Modiin à Latrun. Dans ma voiture, j’écoute la radio. Le journal de 12h. De nouveau un attentat. La violence du quotidien de ces six derniers mois, l’enchainement tragique et insoutenable d’attentats et de vies qui s’éteignent dans le sang et la haine. Et mon regard a croisé les arbres roses-violets. Israël et ses contradictions, ses contresens. Sans que strictement personne n’ait de solution pour mettre un terme à ce conflit millénaire.

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Le musicien juif

imagesIshai Ribo sort son nouveau single avec un clip qui raconte en poésie l’histoire de Rachel, la matriarche et à travers elle le destin du peuple juif.

Ce second album de ce chanteur de talent de 26 ans, s’inscrit dans le courant de la chanson israélienne de ces dernières années.

Ety Ankri, l’ancienne déesse de la soul music qui récite les poèmes liturgiques de Yehouda haLevy ; Shuly Rand, en complet sombre qui déclame Eicha et les textes des Lamentations sous les feux de l’amphithéâtre de Césarée  ; Amir Benayoun, casquette et barbe noires qui roucoule les intonations vibrantes de l’hébreu ; Shiri Maimon, la vedette mainstream, qui accompagne Shimon Bouskila dans le dialecte judéo-marocain si peu estimé par les élites des débuts ; Idan Raichel qui chante les Psaumes de David ; Koby Oz, le chantre de la musique pop qui compose Mon Dieu, et Elohai devient le tube d’un été.

Comme eux, Ishaï Ribo est rebelle à une culture unique, à un pays sans tradition, à une chanson chansonnette, aux textes faciles et aux images d’Epinal, opposé aussi à une tradition déshumanisée et aux coercitions. Ces chanteurs créent la nouvelle chanson d’Israël.

Phénomène à l’échelle planétaire, le réveil religieux a, en Israël sa propre causalité.  Les fondateurs de l’Etat hébreu avaient choisi la laïcité. Les sépharades, les traditionnalistes, les immigrants, les habitants de la périphérie, les jeunes — et à chacun ses raisons — ne se sont pas reconnus pas dans la culture dirigeante socialiste, rationnelle à outrance, séculière et laïque. Il fallait tout prendre ou tout laisser. Ils ont tout laissé. Ils sont devenus le second Israël.  La progression de la droite, motivée par les craintes sécuritaires, a également trouvé ses racines dans ces exclusions culturelles.

Ce mouvement de protestation des nouvelles générations s’exprime aussi par un retour aux sources juives. Sensible dans toutes les strates de la société, cet intérêt pour le judaïsme a commencé dans les salles de concert. Chanteurs, compositeurs, interprètes, ils cherchent des attaches et des amarres. En quête d’ancrages pour demain, il raccommode les déchirures du passé. Hésitant entre modernité et tradition, séculier et religieux, démocratie et royauté divine, Occident et Orient, rationnel et mystique, comme un funambule sur une corde raide le musicien juif avance à pas prudents, cherche une nouvelle identité et prend l’auditoire aux tripes.

Le musicien juif a entraîné son public dans son périple.

 

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