En direct de Jerusalem

En direct de Jerusalem

Le Blog de Katy Bisraor Ayache

 
 
 
 

Yaffa Yarkoni a tiré sa dernière révérence

L’icône de la chanson israélienne n’aimait pas le surnom qui lui avait été donné, “la chanteuse des guerres”. Si c’est pour raconter que j’ai chanté au milieu des champs de bataille, côte à côte avec nos soldats, que je me précipitais sur le téléphone pour transmettre des messages à leurs parents (c’était bien avant le temps des Iphone et des Ipad, c’est moi qui commente évidemment), que je me rendais dans les hôpitaux lorsque l’un d’entre eux avait été blessé, je veux bien que l’on m’appelle ainsi, mais je n’aime pas la guerre, je veux la paix. Quelques années plus tard,  ”la chanteuse des guerres”  créait  le scandale , en critiquant avec virulence, “l’attitude des soldats” lors d’une des grandes opérations de Tsahal. Mais ces prises de positions politiques, avaient été vite oubliées, vite pardonnées. Comment aurait il pu en être autrement, pour celle qui sans peur et avec affront, chantait Babel Oued sous le feu de l’armée égyptienne en 1967, chantait main dans la main avec les soldats de Givati en 1948, et avec les petits enfants de ces soldats eux mêmes devenus soldats dans la Guerre du Liban de 1981.

En m’offrant Babel Oued, avait elle raconté, Haim Gouri, ( qui avait écrit les paroles de ce grand poème sur la porte d’entrée vers Jérusalem, aujourd’hui en hébreu, Shaar Hagay pour raconter la guerre d’Indépendance)  a fait de moi la chanteuse d’Israël.

Yaffa Yarkoni s’est éteinte ce lundi 1 janvier 2012, à l’âge de 86 ans. Depuis quelques trois ans, elle souffrait de la maladie d’Alzheimer. Dans une maison, entourée d’autres malades, la grande dame de la chanson israélienne, ne chantait plus, les mélodies aussi avaient échappé à sa mémoire et seulement parfois, le regard dans le vague elle tapotait de son doigt sur la table, sans que personne ne sache si ce mouvement anodin de la main était le  fil conducteur vers les musiques et la voix somptueuse de la chanteuse adulée 1. Tragédie d’une maladie encore sans espoir de guérison.

J’ai choisi deux moments de cette  grande carrière.  Les débuts et la fin. Deux moments de l’histoire d’Israël pleins de force, de tendresse aussi.

Yaffa Yarkoni dans un de ces premiers concerts en France en 1967


 Yaffa Yarkoni en 2002, dans un moment intimiste, une des ces dernières apparitions publiques enregistrant une nouvelle version d’un de ces grands succès, Kol hayonim 

1 Selon le témoignage de sa fille, raconté il y a quelques mois.

Décembre à Tel Aviv

Décembre à Tel Aviv. Tout commentaire me semble superflu.

 

 

Les photos sont de Pini Sheny

 

Shuli Rand et Idan Amadi

Idan Amadi est la nouvelle étoile des hit parades israéliens, beau gosse, combattant dans une unité d’élite de Tsahal,

voix de ténor et surtout l’art de raconter l’intimité et la fragilité du soldat, des mots que chaque jeune de dix huit ans qui passera trois ans de sa vie une arme à la main voudrait dire.

Shuli Rand est l’étoile de la chanson hassidique. Artiste, qui  a redécouvert sur le tard son identité juive et après une pause de quelques années et le feu vert de ses rabbins a repris – avec sa femme – son métier d’acteur, ( le célèbre et très beau film des Ushpizin) et s’est aussi lançé avec succès dans la chanson.

Deux chanteurs, deux Israël que tout sépare et qui ensemble ont créé un duo. 

 

Ps: Rand et Amadi se sont produits dernièrement avec cette chanson, mais le seul enregistrement disponible sur You Tube et que je mets en ligne date de 2010. Qu’importe, la beauté et l’émotion restent identiques.

Autre image du conflit israélo-palestinien

Carte d’identité d’une autre image du conflit israélo-palestinien

  • Le titre: Transplantation sans frontières
  • Le lieu: l’hôpital Hadassah Ein Kerem de Jérusalem
  • Le donneur: un Israélien de 38 ans, mort d’un accident cérébral. Sa famille, qui a donné son accord préalable et souhaite garder l’anonymat dit “avoir voulu apporter sa pierre à la mosaïque de la paix”.  
  • Le receveur: Waled Daadou, un Palestinien de Bethleem  de 41 ans sur la liste d’attente des services de santé de l’Autorité palestinienne
  • L’équipe médicale: Aucun receveur compatible n’ayant été trouvé en Israël sur la liste d’attente des candidats à une greffe rénale, l’équipe a proposé à l’Autorité Palestinienne de bénéficier du don d’organe.  
  • Le Professeur Merhav, Directeur de l’Unité des Transplantations à Hadassah: ” il s’agit là d’un exemple de solidarité humaine très courant dans le domaine des transplantations.”  
  • Première question: Est ce que la famille d’un donneur palestinien acceptera un don d’organes pour un receveur israélien. Peut être que oui, avec cet exemple. 
  • Deuxième question: Est ce que cette information a été publiée par les médias arabes. Selon la vérification que j’ai faite avec un journaliste de la deuxième chaine de la télévision israélienne, qui suit la presse arabe, la réponse est négative. Dommage

Photo: Avi Hayun

 

Une histoire d’amour peu ordinaire

En honorant ceux qui ont refusé de se plier à la fatalité de la volonté exterminatrice de l´idéologie nazie, la médaille des Justes contribue à rétablir l´Histoire dans sa vérité” avait dit Simone Veil.

Hier à Jérusalem, une nouvelle histoire peu ordinaire, surgit de l’oubli grâce à cette institution des Justes des Nations, une distinction décernée par Israël à ceux qui ont sauvé des Juifs pendant la Shoah souvent au péril de leur vie. Une distinction décernée déjà à quelques 3300 hommes et femmes français et à 20.000 personnes de 44 pays qui ont “refusé la fatalité.”

Yves Criou est né dans une famille catholique française et s’éprend avant la guerre de Lisa Kaplan, juive russe, qui malgré les oppositions familiales se convertit au catholicisme. En 1939, quatre ans après leur mariage, Yves, est mobilisé, fait prisonnier par les Allemands, s’évade, échappe à une rafle de la police française et réussit à revenir à Paris auprès de sa famille. Pendant toute la guerre et l’occupation, il va cacher à Bougival, dans la banlieue de Paris, sa belle famille juive.

Ce dimanche 30 octobre à Jérusalem, les enfants, petits enfants et arrière petits enfants d’Yves et de Lise-Lisette, ont reçu la distinction de Juste des Nations décernée à titre posthume à leur parent décédé en 1981.

Sur la photo, les enfants Criou et Christophe Bigot l’ambassadeur de France à Tel Aviv qui a prononcé une petite phrase qui restera à mon avis dans les mémoires au même titre que celle de Simone Veil : ” Il est important de se souvenir de notre histoire, de cette tache indélébile sur notre pays et notre Etat. Les hommes et les femmes, qui comme Yves Criou, ont sauvé des Juifs avec simplicité et modestie pendant la Shoah, ont rendu à la France et à l’humanité sa dignité.”

Shalit, les moments identitaires

La journée du mardi 18 octobre, restera ancrée dans la mémoire des israéliens, au même titre que la journée du 29 novembre 1947, du 6 juin 1967, d’Entebbe et d’autres  dates identitaires de l’Israël moderne.  Non, il n’y a là aucune exagération, aucun populisme, aucun sentimentalisme. Il faut avoir vécu ces quelques dix heures de liesse, presque d’extase des Israéliens pour comprendre que le retour d’un soldat après cinq ans et demi de captivité entre dans les dates clès de l’Etat d’Israël. Il faudra encore du temps, des lignes pour comprendre la mobilisation de toute une nation. J’écrirais peut être plus tard sur cela. En attendant, pour ceux qui n’ont pas vu, ou pour ceux qui ont vu et veulent de nouveau voir, voici les moments inoubliables de cette journée, grâce à un très beau montage de la deuxième chaine de la télévision israélienne.

Dix heures de liesse, le clip de la deuxième chaine de la télévision israélienne

Arik Einstein chante Guilad Shalit

Arik Einstein a sorti le jour de la libération de Guilad Shalit, une nouvelle chanson pour Guidat Shalit. Maintenant que tu es là...  Ecrite, enregistrée en moins de 24 heures. Qui l’aurait cru de ce chanteur si exigeant, pédant, et minutieux. Chacun savait qu’il fallait à Einstein plusieurs mois pour enregistrer une chanson. Mais le syndrome Shalit a touché aussi le plus célèbre des chanteurs israéliens. ’ J’ai vécu comme tout Israël, avec une angoisse dans la gorge depuis cinq ans, raconte Einstein. J’ai vu tout cela de mes yeux de grand père, d’arrière grand père, 18 petits enfants et 3 arrière petits enfants. Je connais bien ce peuple, si quelqu’un est en danger, il se lève tout entier et se mobilise. Ces journées là, je peux vous dire, je suis fier d’être israélien. Sur la chanson, c’est vrai qu’il me faut du temps, mais là, j’ai lu les paroles et en quelques heures la chanson a été enregistrée.

Rapide traduction - très rapide, juste pour permettre à nos amis non hébraisants d’entendre et de comprendre:  “Nous n’oublirons jamais, l’instant où nous avons appris que c’était fini, que tu allais revenir à la lumière. Le premier frisson, après cinq ans, maintenant que tu es là, après cinq ans, Ne cours pas, prend ton temps, tu seras toujours un héros, il n’est pas facile de pardonner au destin. Maintenant que tu es là, il est permis d’aimer, d’embrasser.  Il est permis de pleurer, de respirer, la peur qui ne reviendra plus nous as brisé le coeur. Nous aimons entendre ton nom, Nous t’avons attendu, juste pour de donner, pour t’aimer. Surtout n’ai pas honte, prend cet amour. Après cinq ans, il est permis d’aimer, de serrer fort dans ses bras, il est permis de respirer.  Arik Einstein

Shalit, treize flashs et dix images

Dans l’histoire d’un peuple, il y a des journées historiques et dramatiques. La journée d’hier, de ce 18 octobre où un soldat kidnappé, revient dans son pays, dans sa famille à vingt cinq ans et un cinquième de sa vie passé en captivité, est l’une de ces journées.

L’affaire Shalit a évidemment de multiples aspects politiques et diplomatiques de toute première importance pour le long terme. Mais Israël a choisi hier de vivre au rythme de l’émotion, du cœur, laissant pour plus tard ces considérations. Difficile de choisir dans ces heures d’attente, d’angoisse, d’émoi, les moments qui resteront gravés dans la mémoire collective.  Voici, selon moi, treize flashs, treize instants  et dix images qui entreront dans l’album identitaire d’Israël des évenements de cette journée qui auraient pu être écrits par un scénariste de génie. Mais non, c’était la réalité, la réalité folle d’un pays vraiment pas comme les autres.

Les treize flashs

  1. Sept  millions d’israéliens suspendus à leur poste de télévision qui se sont arrêtés une journée, pour vivre en direct les images, les mots, les émotions, véritable communion de tout un peuple, pour un soldat, un seul soldat
  2. La toute première image de Guilad Shalit divulguée par la télévision égyptienne, qui en quelques secondes a brisé l’inconnu, un jeune homme, frêle, livide, coiffé d’une casquette noire et d’une chemise blanche et noire. Les commentateurs chevronnés des télévisions israéliennes ont des sanglots dans la gorge, et tout Israël, pleure, pleure devant ces images imaginées, rêvées depuis cinq ans
  3. Le soldat “agressé”, “submergé”, de questions d’une journaliste égyptienne et face à cet entretien très peu journalistique, qui souléve l’indignation de chacun ici – de la torture psychologique à vomir - , un entretien imposé par les égyptiens, malgré l’opposition virulente des israéliens, Shalit, livide répondant avec calme à des questions tortueuses.
  4. Le soldat arrivant en territoire israélien. “Guilad, bonjour, je suis Arik, le médecin en chef de Tsahal Tu as soif, tu as mal quelque part….” Guilad comprend que le cauchemar prend fin. Les Israéliens, se redressent sur leur siège. Tout un peuple reprend son souffle
  5. La première conversation téléphonique entre Guilad et sa mère. “Maman, je suis en Israël, je vais bien, je suis avec nos soldats, on s’occupe de  moi, j’ai hâte de vous voir.” Personne, autour, n’a pu vraiment retenir ses larmes
  6. Le salut de Guilad Shalit au Premier ministre à la descente de l’hélicoptère
  7. La première accolade avec son père et les premiers mots de son père, Viens viens nous allons voir maman 
  8. La coupe de bambas, la célèbre confiserie israélienne, dans la salle de la première rencontre avec sa famille à la base de Tel Nof
  9. Les centaines de drapeaux, les milliers d’israéliens chantant à l’arrivée de la famille Shalit à Mitspé Hilla, le village des Shalit sur les hauteurs de la Haute Galilée dans une athmosphère éléctrique, digne des hassids de Bratzlsav. 
  10. Le premier repas familial, autour d’une table, comme chaque famille d’Israël, ces jours de fêtes de Souccot. Aviva avait préparé le repas préféré de Guilad, le repas préféré de tous les jeunes israéliens, snitzel, spaghetti et frites
  11. Les premières confidences, la dureté de la détention les premières années, l’allègement relatif des conditions de détention les dernières années, et surtout, le fait qui a surpris presque tout le monde. Guilad suivait sur les médias arabes l’actualité, le printemps arabe, Netanyaou, premier ministre et Gantz chef d’Etat major, la révolte sociale et même Yaara, la petite amie de son frère, ne lui était pas étrangère.
  12. Noam Shalit ” j’assiste aujourd’hui de nouveau à la naissance de mon fils”
  13. Arik Einstein, sortant le jour de la libération de Guilad Shalit, une nouvelle chanson pour Guilad Shalit. Ecrite, enregistrée en moins de 24 heures, qui l’aurait cru de ce chanteur si exigeant, pédant, et minutieux “Le premier frisson, après cinq ans, maintenant que tu es là, après cinq ans, il est permis d’aimer, d’embrasser. Ne cours pas, prend ton temps, il est permis de pleurer, de respirer, la peur qui ne reviendra pas nous as brisé le coeur. Nous aimons entendre ton nom, Nous t’avons attendu, juste pour de donner, pour t’aimer. Après cinq ans, il est permis d’aimer, d’embrasser” Arik Einstein

Les dix images



Shalit et Condolezza Rice

La député de Kadima, Dalya Itskik a raconté l’histoire d’un entretien entre Ehoud Olmert et Condolezza Rice, qui résume en quelques mots, la signification profonde de l’affaire Shalit. Olmert était alors Premier ministre de l’Etat d’Israël, Rice secrétaire d’Etat des Etats Unis. ” Nous ne pourrons jamais vraiment avancer dans les négociations avec les Palestiniens, sans régler au préalable l’affaire Shalit. Vous devez nous donner sur ce point un sérieux coup de main, l’avenir de la paix en dépend. ” dit Olmet à son interlocutrice. Rice s’étonne, “Mais Ehoud, savez vous, que les Etats Unis d’Amérique ont des dizaines de prisonniers en Irak et dans d’autres zones. Pourquoi vous monopolisez vous sur cette affaire Shalit.”

Olmert a alors du expliquer à Rice, que là était bien la différence entre le peuple d’Israël et d’autres peuples du monde. Les Israéliens ont fait de Shalit, leur repére identitaire, leur ancrage, reprenant les dires célèbres des sages du Talmud. Israël est comme un seul corps . Sans Shalit, la grande majorité des Israéliens avaient l’impression d’être mutilés.

Qui a sauvé Guilad Shalit

Octobre 2011. Aujourd’hui, en Israël, l’air du temps est à l’émotion. Palpable dans la rue, dans les foyers, dans les médias, dans le cœur de chaque israélien qui attendait depuis des mois, des années, depuis 1934 jours.  La petite phrase la plus émouvante dans cette explosion de sentiments qui envahit Israël est celle du frère d’une jeune femme de 23 ans tuée dans le terrible ‘attentat du Café Moment à Jérusalem. Je pleure de chagrin et de joie a t-il dit.

Le terroriste qui a tué sa sœur sera dans quelques heures un homme libre. Le prix à payer, lourd, douloureux. Inévitable? La solidarité israélienne sans laquelle l’Etat hébreu n’a pas de raison d’exister a imposé aux dirigeants de ramener à la maison Guilad Shalit. L’affaire Shalit a rappelé que la raison d’être d’Israël était d’abord l’entraide au sein du peuple juif.  Malgré, les risques énormes qu’entrainent la libération de dizaines de terroristes qui ont tué de sang froid des enfants, des femmes et des hommes. Noam et Aviva Shalit pourront dans quelques jours serrer leur  fils dans leurs bras. La pensée qu’un jeune israélien puisse croupir dans les geôles du Hamas était devenue une angoisse existentielle pour les Israéliens de 2011

Au delà de l’aspect humain qui bouleverse tout Israël, cet accord soulève une série de questions dont certaines sont de portée stratégique: le renforcement spectaculaire attendu du Hamas sur le Fatah, le lien entre l’affaire Shalit et la tentative israélienne d’arrêter le nucléaire iranien, les conséquences sur l’Etat palestinien en marche.  

Une autre question cruciale touche à la gouvernance même d’Israël. Qui a décidé? Qui a mené le combat pour la libération de Shalit? Qui a vraiment sauvé le soldat?  Disons le clairement. Guilad Shalit sera libéré parce que ses parents ont été des “ludniks”, célèbre expression israélienne que l’on pourrait traduire un peu vulgairement, et excusez moi d’avance par ”des emmerdeurs”. Après trois ans de silence, la famille Shalit a fait le choix de l’interventionnisme; une mobilisation nationale et internationale, orchestrée avec brio, calme, élégance et détermination inébranlable  par le père du soldat qui a réussi à entrainer le peuple d’Israël tout entier, de Shlomo Artzi au balayeur de rue, en passant par le bambin de maternelle qui scandait aussi, Guilad à la maison. 

Si l’on compare l’affaire Shalit à l’affaire Ron Arad, la différence est là, et seulement là. Tami Arad, l’épouse du pilote disparu, l’avait dit à Noam Shalit: “Ne faites pas l’erreur que nous avons fait. Nous avons compté sur le gouvernement. Nous avons eu tort. Vous seul, pouvez sauver Guilad. ” Noam Shalit a appliqué à la lettre le conseil de celle qui attend toujours des nouvelles de son époux. Benjamin Netanyaou a signé l’accord avec le Hamass. Il n’avait pas le choix. Noam Shalit avait réussi à convaincre que Guilad était le fils de chacun des Israéliens, de chacun des Juifs du monde entier.

DOUGRI

La phrase la plus célèbre du discours de Benjamin Netanyaou devant l’Assemblée générale de l’Onu a été ponctuée d’un des mots les plus connus du jargon israélien. Dougri. Devant la communauté des nations du monde, après le discours du Président Mahmoud Abbas, après la demande officielle de reconnaissance de la Palestine, le Premier ministre israélien est monté à la tribune pour expliquer au monde, ” la vérité d’Israël”. 

Peut être pour tenter de forcer l’attention de l’opinion mondiale, le dirigeant israélien a utilisé un mot inconnu du dictionnaire anglais. Je le dit Dougri, les Palestiniens veulent un Etat, mais pas la paix. Dougri, un Etat palestinien sans la paix.

Dougri – en hébreu דגרי - pourrait se traduire, par franchement, clairement, sans ambages. Le mot utilisé quotidiennement en Israël a été importé de Turquie, apparemment déjà du temps de l’Empire ottoman. Le mot turc Dogru décrit une expression, une action, un message clair, direct. Les linguistes estiment que l’expression turque est elle même une adaptation du mot arabe, douar, droit. Parles dougri, dit un homme d’affaires israélien à son partenaire.  Dougri, tu viens ou non faire un tour à vélo dit un bambin à son copain.  Mais dis moi dougri si tu m’aimes, dit un amoureux à sa petite amie.

Dougri, les Palestiniens ne veulent pas la paix a dit Netanyaou. Abbas a dit en arabe presque la même chose. Et face à ces deux discours qui ont confirmé le fossé entre les positions des uns et des autres, nous commentons avec regret: Dougri, le conflit centenaire, millénaire, semble toujours aussi  interminable. 

Pamphlet pour Sarah Netanyaou

Je le dis d’emblée. Sarah Netanyaou n’est ni une amie, ni une vague connaissance. Et je n’ai pas non plus participé à ces rencontres mondaines de femmes autour de la première dame d’Israël auxquelles sont conviées les journalistes. Mon propos ne peut être attribué non plus à un soutien à l’époux, premier ministre de l’Etat d’Israël

Après le scandale de la bonne, celui du complet-veston de son mari et autres nombreux déboires, Sarah Netanyaou fait depuis quelques heures de nouveau la une des médias israéliens. Cette fois, la deuxième chaine de la télévision israélienne et le Yedihot Aharonot – qui mis à part l’excellence de leur travail journalistique, ont des intérêts financiers communs et pour le Yedihot  un agenda militant contre le gouvernement Netanyaou – se sont fait l’écho des plaintes de Tara, une  travailleuse immigrée du Népal, contre  Sarah Netanyaou. Le père de Sarah Netanyaou, Shmuel Ben Artzi, âgé de 96 ans, gravement malade habite depuis quelques semaines, à la résidence du premier ministre avec  son aide soignante. Tara affirme avoir été insultée et même blessée par Sarah Netanyaou. Le bureau du premier ministre a publié un démenti, expliquant que les négligences de l’employé avaient justifié un licenciement qui explique apparemment ces plaintes publiques. Les détails piquants, et ils sont nombreux, sont dans les médias, si cela vous intéresse. 

Ce n’est pas la première fois, que les médias font de l’épouse de Netanyaou,leur tête de turc.  Mais de quoi se mêle mes collègues – et certains sont mes amis. Netanyaou comme toutes les femmes du monde n’a t-elle pas le droit  de se bagarrer avec sa bonne. Une femme n’a t-elle pas le droit d’habiller son mari comme elle entend, à n’importe quel prix, si la somme versée a été gagnée de droit. Une fille qu’elle soit l’épouse d’un dirigeant politique ou non n’a t-elle pas le devoir de renvoyer une aide soignante si elle l’a soupçonne à tort ou à raison, de mal se conduire avec son père de 96 ans? Et si même la presse avait raison. Si Sarah Netanyaou avait  une tendance à piquer un peu trop rapidement des colères, est ce là une affaire publique? En quoi la vie privée, les humeurs de l’épouse du premier ministre ont ils un lien avec la gouvernance d’Israël? Lien direct affirme les pourfendeurs. Mme Netanyaou a le bras long dans les faits et gestes de son mari disent ils. Dans ce cas, il faudrait aussi épingler, les deux Netanyaou juniors, enquêter sur la fille, l’ancienne femme, etc. Et si il y a bel et bien ingérence que les accusateurs attaquent le premier intéressé, l’élu du peuple. C’est leur droit. Et même leur devoir de juger, d’enquêter, même de clouer au piloris le dirigeant de l’Etat. Pas son épouse. Ce déballage  anti-Sarah Netanyaou ressemble à un journalisme de bas étage cherchant à la fois à gagner quelques points à l’audimat et au passage à attaquer un dirigeant politique. 

Ce sont les femmes d’Israël, toutes tendances politiques confondues, qui doivent s’élever et rapidement mettre un terme à ces campagnes de presse peu dignes de l’Etat d’Israël. Et encore un mot. Tara, la travailleuse immigrée népalaise, est elle aussi une victime du système. Devenue un simple instrument manipulé à plaisir, qui sera vite oubliée dans sa détresse de travailleuse immigrée.

Noah Flug, adieu

Noah Flug est décédé jeudi matin à l’hôpital Shaaré Zedek de Jérusalem à l’âge de 86 ans. Un des grands hommes d’Israël. Un vrai, un pur, un dur. Noah FLug avait le talent, le culot, la passion et l’intégrité de ceux qui mènent des combats avec succès. D’abord le combat pour la vie. Ce juif polonais, avait échappé plusieurs fois à la mort. Membre de la résistance antinazie, caché dans le ghetto de Lodz, envoyé au camp d’extermination d’Auschwitz et ensuite encore dans deux camps.

Emigré en Israël, le combat devient celui du souvenir. Ne jamais oublier. Jamais. Jamais, disait cet homme qui avait perdu jusqu’au dernier membre de sa famille dans la Shoah. Mais ce combat là et sa nomination au conseil d’administration de Yad Vashem n’était pas pour lui l’essentiel.  Noah Flug a voué sa vie au combat pour le respect des rescapés. Pendant des années Flug a mené la vie dure aux hommes politiques et surtout  à la direction des finances de l’Etat d’Israël.  Face aux fonctionnaires du Trésor qui faisaient des comptes, souvent sordides, Flug parlait lui d’un devoir historique. Une exigence morale pour l’Etat d’Israël.  Et à raconter la détresse de ces rescapés de la Shoah dans l’impossibilité d’acheter des médicaments dans l’Israël des années 2010.

A la tête de l’organisation qui représentait les rescapés, Flug a donc exigé que ceux qui avaient échappé à la mort, puissent vieillir avec dignité et mourir en paix. Ce combat pour des allocations sociales - de survie -  n’a abouti que il y a quelques mois à peine. Au cimetière du kibboutz de Kiriat Anavim, dans les forêts de Jérusalem, il étaient nombreux, dans la foule, ces hommes et ces femmes, aux cheveux blanc, avec des cannes et sur des chaises roulantes, et des numéros sur leurs bras, venir dire merci, un dernier merci.

Il y a quelques mois, Flug, entouré fièrement de ses quatre petits enfants, de sa femme Dorota et de ses deux filles,  avait dit  aussi que le plus important de ses succès était ces quatre jeunes qui parlent l’hébreu,  cette vie qui avait surgit de l’enfer et  de l’abomination.

Le 9 Av, Bétar et la révolte sociale 2011

Pour faire le lien entre la journée du 9 Av, la destruction du Temple de Jérusalem et la révolte sociale qui éclate en Israël cet été 2011, le Rabbin Benny Lau, a raconté l’histoire suivante tirée du Talmud:

En l’an 68 de l’ère chrétienne, le Temple de Jérusalem est détruit. 67 ans plus tard, en l’an 135. Bétar, au nord est de Jérusalem, la cité forteresse des Juifs de Judée dirigée par Bar Kochba, dernier lieu de résistance à l’Empire romain, tombe à son tour.  Le désastre est total pour les Juifs de Judée. Pendant des siècles, depuis la chute de Bétar, jusqu’à l’arrivée des pionniers juifs au milieu du 18è siècle, la Judée et la Terre d’Israël ne furent plus qu’un désert.

Pourquoi Bétar est tombé demande une Mishna. Et la Mishna répond. Bétar est tombé parce que lorsque le Temple de Jérusalem a brulé, les Juifs de Bétar ont allumé des bougies et se sont réjouis. Il y a 2000 ans, le Temple était contrôlé par l’aristocratie du peuple juif, des dirigeants spirituels, des propriétaires fonciers, des riches. Ils exploitaient ouvertement ou avec vices et stratagèmes, les petites gens, les pauvres des campagnes, la périphérie. Et les hommes de Bétar se sont réjouis de la chute de ceux qui les avaient spoliés. Et dit la Mishna, ils sont tombés pour s’être réjouis.

Il y a 2000 ans, les fissures au sein du peuple juif, l’injustice sociale imposée par les uns, la vengeance des autres, le manque de solidarité entre le centre, alors Jérusalem et la périphérie, alors Bétar avaient provoqué la débâcle du peuple juif.

 

L’été israélien

Les chiffres

Cinq sous des tentes il y a quelques trois semaines. 30.000 , il y a 20 jours. 70.000 il y a 10 jours.  113.000 ou 150.000, il y a une semaine ( bataille des chiffres entre les médias). 250.000 dans les rues de Tel Aviv hier soir. 30.000 à Jérusalem, quelques milliers à Ashdod, Dimona,  Kiriat Shmona, Eilat… Quelques  300.000 israéliens sont descendus dans la rue, samedi soir à travers Israël. 

Les pancartes

Contre Bibi. Beaucoup contre Bibi. Violemment contre Bibi. Bibi out, Bibi, Assad, Moubarak (!) même combat.  Bibi chevauchant un porc(!). Pas seulement contre Bibi. Des pancartes aussi contre les patrons de l’économie israélienne, les magnats de la finance, contres les grandes familles qui contrôlent Israël, les grandes fortunes, les cartels et les monopoles. Benjamin Netanyaou, aux cotés de Nohi Dankner et Itshak Tchouva ( qui pourtant donnent des millions aux hôpitaux, aux jeunes éthiopiens, à la bibliothèque de Kyriat Shmona, aux soldats, aux musées, mais  nous ne voulons plus de charité scandent les manifestants, nous voulons la justice sociale). Il y avait aussi des pancartes contre les symboles de l’Israël du luxe et du capitalisme. Des pancartes dures, brutales, comme ces belles femmes bijoutées de Stern,  le leader de la bijouterie de luxe muées en femmes laides avec des bandeaux noirs à la Moshé Dayan.   

Les drapeaux

Beaucoup de drapeaux dans cette manifestation. Des grands drapeaux bleus et blancs comme pour dire d’abord nous disons oui à notre pays, sans limite, mais nous voulons un autre quotidien.

 Les slogans  

” Le Peuple exige la justice sociale.” ”Le  Peuple a décidé la justice sociale”.” Bravo à nos policiers. Les policiers sont avec nous eux aussi ne finissent pas les fins de mois. ” “Bibi, Sharon, Barak vous avez tuez l’espoir.” “ Nous ne sommes pas des anarchistes, nous payons nos impots et nous faisons l’armée. ” Bibi écoute nous”.  ”Oouah Oouah Regardez qui arrive au galop, l’Etat providence est de retour”. “Oouah Oouah Sababa Israël, le vrai, c’est nous.”  ”Nous sommes à gauche et nous sommes à droite, nous sommes laïcs et religieux, nous sommes juifs et arabes, nous sommes tout Israël.”

La scéne

 Rita, Yehudit Ravitz, Shlomo Artzi sont venus – bénévolement évidemment – chanter, crier avec le peuple. Les orateurs, plus seulement les jeunes des tentes. Les organisateurs ont cette fois donné la parole à tout Israël. La mère célibataire de Dimona, le chauffeur de taxi de Jérusalem, , un habitant d’une implantation ( Ofra,Beit El ( implantions de la Judée et Samarie), Tel Aviv, Dimona même combat), le rabbin Benny Lau ( le prophète Irmiyaou avait dit au roi Si  vous n’installez pas ici un royaume de justice vous tomberez. Et le Roi est tombé. C’était il y a plus de 2000 ans, Le scénario se répétera aujourd’hui.) , le poète arabe (Juifs et Arabes refusent d’être des ennemis, Juifs et Arabes veulent finir leur fins de mois)   la jeune fille religieuse de Lod, qui travaille pour aider ses parents à payer la note d’électricité, Charlie Bitton (les panthères noires sont de retour, enfin! j’ai attendu 40 ans).

Et aussi Guilat Shalit

Brusquement au milieu de la manifestation, un slogan, Le peuple veut Guilat Shalit. “Il ya un étudiant qui aurait du être avec nous ce soir là, et qui n’est pas là et qui gémit dans un trou à Gaza ” crie un orateur. “Le peuple veut Guilat Shalit” répondent les dizaines de milliers de manifestants.

Questions

S’agit il d’un mirage, d’une colère qui éclate dans la chaleur humide et suffocante de l’été et qui s’évanouira l’automne et les pluies venant.  De mots d’ordres qui perdront leurs sens au premier danger sécuritaire qui ne saurai tarder. Ou s’agit t-il d’une vraie vague de fond,  du retour de l’Israël passionnel des débuts.

Est-ce un ras le bol face à un Israël, dur, égoïste, de moins en moins idéologique. Est-ce le cri d’un peuple qui ne veut plus vivre seulement au gré du conflit arabe. Est-ce la fin de l’indifférence légendaire de l’Israélien face aux conflits sociaux. Est-ce la venue au pouvoir d’une génération qui criera à chaque injustice. Est-ce que cette énergie à la fois  impulsive et sincère, sympathique, enthousiaste et profonde se traduira par des changements concrets? Est ce que cet été israélien deviendra le prologue à un nouvel Israël? 

9 Av

 Le Rabbin Benny Lau a fait le lien entre ces manifestations pour plus de justice sociale et la  journée du 9 av, que le peuple juif marquera ce lundi soir. “Les Temples de Jérusalem, le Premier et le Second, n’ont pas été détruits par nos ennemis. Nous, le peuple juif, notre haine gratuite, nos injustices, c’est nous qui avons détruit le Temple de Jérusalem.”

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