En direct de Jerusalem

En direct de Jerusalem

Le Blog de Katy-Clara Bisraor Ayache

 

La presse en parle…

cover-le-mariage

 

J’ai écrit ce livre pour dire l’humanisme, la richesse, l’humour, la poésie, l’intelligence, la modernité et l’universalité de la cérémonie du mariage juif. Et si vous ne l’avez pas encore lu, voici ce que la presse en pense.

 

Pour commander le livre 

 

“Tout sur le mariage juif à travers 400 questions et réponsesTimes of Israel

 

“Avocate auprès des tribunaux rabbiniques, la journaliste Katy Bisraor Ayache dévoile, de façon érudite et accessible, la cérémonie du mariage. Actualité juive

 

Si les livres sur le mariage juif sont légion, chacun avec son cachet spécifique, celui que propose Katy Bisraor Ayache sort assurément du lot. Il s’agit d’une véritable anthologie décrivant exhaustivement les étapes majeures du mariage juif. Le Mariage a en outre la particularité de regrouper des coutumes extrêmement diverses issues des grandes communautés juives du monde. L’auteure, journaliste de profession, a su mettre en œuvre ses compétences et son esprit d’analyse critique pour remonter jusqu’aux sources des lois et des traditions. Sous forme de questions et réponses, cet ouvrage offre ainsi un tour d’horizon complet du mariage ponctué de nombreux proverbes, anecdotes et autres développements plus approfondis. Les recherches très fouillées de ce livre en font une œuvre assurément remarquable”   Hamodia – Guesher.

 

Une véritable encyclopédie sur le mariage ! Kountrass

 

Le livre permet de personnaliser sa cérémonie, d’en faire un jour unique, tout en adoptant des usages qui ont cours dans les communautés juives depuis des millénaires. Une façon de s’affirmer comme juif. Le Jerusalem Post

 

Katy Bisraor nous dévoile dans son livre l’extraordinaire richesse du mariage juif ou se mêlent lois juives et coutumes qui ont traversé de part en part, les communautés sépharades et ashkénazes.  Israel Magazine

 

Le livre qui donne envie de se marier … Radio J

 

Le nouveau livre de référence sur le mariage ”  Desinfos

 

Pour convier les lecteurs à vivre d’une autre manière le mariage, le leur, celui de leurs amis, de leurs enfants, de leurs petits-enfants…” Tribune juive

 

Ce livre est une mine d’or d’information et de connaissance, tous les aspects du mariage sont abordés de la première rencontre, à la cérémonie elle-même, à la semaine de fête qui suit le mariage. Un livre qui a sa place dans tous les foyers. Kol Israël

 

Un ouvrage très complet sur le mariage, ses coutumes, ses règles, ses significationsLPH

 

Un mot : Passionnant…” RJM

 

Le Mariage,

Editions Pardess Création,

589 pages   – 26 €

 

———————————

 

Regard sur l’actualité d’il y a 4000 ans

Dans la parasha ( section ) de la Tora que le monde juif lira ce shabbat, Hayé Sarah, dans le livre de la Genése, il est écrit:

Abraham défaillit et mourut, dans une heureuse vieillesse, âgé et satisfait; et il rejoignit ses pères. Il fut inhumé par Isaac et Ismaël, ses fils, dans le caveau de Makpéla, dans le domaine d’Efrôn, fils de Çohar, Héthéen, qui est en face de Mamré;
Genése 25 – 8-9

ח וַיִּגְוַע וַיָּמָת אַבְרָהָם בְּשֵׂיבָה טוֹבָה, זָקֵן וְשָׂבֵעַ; וַיֵּאָסֶף, אֶל-עַמָּיו. ט וַיִּקְבְּרוּ אֹתוֹ יִצְחָק וְיִשְׁמָעֵאל, בָּנָיו, אֶל-מְעָרַת, הַמַּכְפֵּלָה: אֶל-שְׂדֵה עֶפְרֹן בֶּן-צֹחַר, הַחִתִּי, אֲשֶׁר, עַל-פְּנֵי מַמְרֵא
בראשית כה – ח,ט

Tout sépare depuis leur jeunesse Isaac et Ismaël. Mais dans ce moment tragique de la disparition de leur père, Itshak ancêtre du peuple juif et Ismaël, ancêtre du peuple arabe, trouvent la voie de la coexistence, décident de dépasser la violence de leurs différents et vont ensemble enterrer leur père Abraham.

Quatre minutes avec Shimon Pérès

 

 

J’avais publié ce post, le 30 décembre 2010. Et voici de nouveau, pour parler d’une autre manière de Shimon Pérès, le Pérès dans l’intimité. 

Justement aujourd’hui, où l’honneur de l’institution de la Présidence, symbole de l’Etat d’Israël, a été aussi dramatiquement touché, ( nous étions alors le 30 décembre 2010 en pleine affaire Katsav) Ouvda, l’une des plus célèbres émissions de la télévision israélienne, a diffusé dans sa série, “quatre minutes et un autre regard”, quatre minutes avec le neuvième Président de l’Etat d’Israël. Quel que soit les opinions sur le parcours politique de Pérès, l’homme est celui du bel Israël, idéaliste, passionnel, pur et dur, dernier loup de cette génération qui a construit Israël.

La journaliste accompagne Shimon Pérès dans son appartement présidentiel. Shimon Pérès, seul à sa table de petit déjeuner, servi par la “gouvernante’ de la maison présidentielle et lui demande ” Vous n’avez pas l’impression d’être seul ?”

Shimon Pérès ” Cette maison, est celle où je vis. Sonia a été l’amour de ma vie, et rien n’a changé et ne changera. Mais elle a choisi un chemin. Moi ici, elle là bas. Et c’est le droit de chacun de choisir son chemin. Je vis donc ici seul. Je me sens seul parfois. Parfois seulement. Je travaille tout au long de la journée et je suis très entouré. Et un homme âgé, a tellement d’années avec lui, trop pour être seul”

La mort? ” L’ennui, c’est la mort, la mort, l’ennui. Ben Gourion avait 70 ans, et m’avait dit, je vais mourir à 86 ans, et il est mort cet âge, comme d’ailleurs plusieurs membres de sa famille. Comme un choix. Moi je ne fais pas de prévision… ”

Vous n’avez pas peur un jour de ne plus pouvoir? ” La peur. Que ferais je avec la peur. Est ce que la peur changera quelque chose, non n’est ce pas. Alors je n’ai pas peur. ”

L’âge ? ” Un homme de 87 ans, peut être aigri, triste, misérable ou optimiste. Je suis optimiste. Un homme âgé, ce n’est pas un homme du passé, c’est un homme, aujourd’hui. Tous les soirs je pense à demain. Tous les soirs, je vais dormir, en me posant deux questions cruciales, qui ai je vexé aujourd’hui, et quelle a été ma contribution à ce monde. Deux questions pour pouvoir demain, corriger et continuer.”

Et encore une petite histoire découverte pendant ces quatre minutes, Shimon Pérès lit Le Monde, pas sur internet, mais Le Monde sur papier, qui lui est amené tous les matins sur son bureau.

 

 

Le grand-père de Shimon Pérès

 

 

Dans son discours d’investiture à la Knesset, lors de son élection à la Présidence de l’Etat d’Israël en 2007, Shimon Pérès, a raconté , sa dernière rencontre avec son grand-père maternel le rabbin Zvi Hirch Meltzer.

Le rav Zvi Hirch Meltzer, est le descendant du célèbre rabbi Haim de Volozhin, le sage de la ville de Valojyn au tout début du 19e siècle. Sa fille, la mère de Shimon Pérès épouse un des jeunes juifs militant du mouvement sioniste naissant dans la Pologne d’alors. “Nous n’étions pas religieux à la maison, je ne suis pas religieux” a raconté Shimon Pérès, “mais mon grand-père a influencé  toute mon existence, il m’a fait découvrir le monde juif, le monde de la yéshiva, les pages du Talmud, la bibliothèque juive, le judaïsme.”

Un jour, Shimon, avait alors 4 ans, toute la famille sous l’influence du grand-père se rend à Radin, la ville du célèbre Hafetz Haim, qui lui fait une bénédiction, de vivre de longs jours. ” Je crois que je suis arrivé à cet âge,” dit Shimon Pérès, le jour de ces 90 ans, “grâce à la bénédiction du grand sage qu’était le Hafetz Haim”.( Qui s’est d’ailleurs aussi éteint à l’âge de 94 ans, le 24 du mois d’Eloul, exactement comme Shimon Pérès).

En 1934, le père de Shimon Pérès est déjà en Palestine. Shimon, sa mère et son frère, quitte à leur tour la Pologne. Sur le quai du train, le rav Zvi, prend la main de son petit-fils, et lui dit ; “Shimon, n’oublie jamais, tu es juif, Shema Israël, rappelle toi, toujours, reste juif toujours.” 

Je me rappelle encore la voix de mon grand-père “ racontera Shimon Pérès. Son grand-père ainsi que toute la famille de son père et de sa mère furent assassinés par les nazis, quelques années plus tard.

 

Photo Shimon Pérès et sa famille, son grand-père à gauche, Shimon est le troisième enfant debout à droite
Photo – Israel Photo Collection

Opéra en Galilée

 

 

 

 

“L’économique et la musique se marient parfaitement” explique Muriel Haïm, l’initiatrice des Journées de Galilée. “L’économie, la technologie, tout comme la musique dépassent les frontières et contribuent à l’amélioration de la qualité de la vie des citoyens du monde”.

Dans cet esprit, la Galilée accueille cette semaine les Journées internationales de Galilée, des rencontres économiques  et un festival d’Opéra Baroque.

Dans la cour de la forteresse des Croisés de la vieille ville d’Acre, l’ensemble des Talents Lyriques, dirigé par le chef d’orchestre français Christophe Rousset présentera trois grands classiques : Actéon (1684) de Charpentier, Didon et Enée (1689) d’Henry Purcell et Alcina (1728) d’Haendel. Pour Alcina, la magicienne qui envoute les hommes, l’artiste et vidéaste américaine Naomie Kremer a créé le spectacle vidéo qui sera projeté sur la forteresse.

Quelques heures auparavant, à Zirkhon Yaakov et au Technion de Haifa, les participants se réuniront sur  le thème ambitieux de ” La Technologie change le Monde et le Moyen-Orient” et lanceront le premier Cercle International d’économistes.

Avant de s’occuper de musique et d’économie, Muriel Haïm a déjà été l’architecte de beaux projets. Elle a participé à la création de Beit Ham, la maison qui à Jérusalem accueille quotidiennement des enfants après l’école et lutte ainsi contre la délinquance.

Et surtout en tant que médecin, elle dirige l’association Un cœur pour la paix, qui avec le professeur Jean-Jacques Rein, a sauvé dans les hôpitaux israéliens, plusieurs centaines d’enfant palestiniens atteints de malformations cardiaques.

Un cœur pour la paix, tout comme les journées de Galilée, des micro-projets d’espoir dans un Moyen Orient à feu et à sang.

 

Prénom Nom; Nom

thh7o11jim

Tel Aviv Live de Nellu Cohn

tel-aviv-live-fr

 

” Quand vous arrivez à Paris, vous êtes dans un musée du 19e siècle, quand vous arrivez à New York, le musée est celui du 20e  siècle. A Tel Aviv, les gens ne savent pas. Ils cherchent. Ce qui fait leur identité, c’est cette recherche. Il y a toutes sortes de voix, une multiplicité de voix. Cette recherche constante est émouvante et fascinante”  dit Etgar Keret, un des artistes que Nellu Cohn fait parler dans son film.

Après y avoir consacré plusieurs livres, des mots et des photos,  (auquel d’ailleurs j’avais consacré un papier),  Nellu Cohn filme Tel-Aviv.

Le documentaire, “Tel Aviv, Live” présenté en France ces derniers mois, arrive cette semaine dans les salles israéliennes, avec une première projection à la cinémathèque de Tel-Aviv.

Tel Aviv, la plage et sa promenade, le soleil, les restaurants, Tel Aviv c’est tout cela. Mais pas seulement. Nellu Cohn a voulu raconter à travers des artistes emblématiques de la ville, le Tel-Aviv profond. Pourquoi Tel Aviv attire tellement ? Pourquoi Tel Aviv interpelle ? D’où vient l’énergie créatrice de la ville ?

” Mégalopole à la pointe de la culture, Tel-Aviv est un métissage de talents, un foisonnement d’audaces qui fait de cette ville l’une des plus vivantes du monde. Je ne suis pas écrivain. J’ai donc laissé la plume à d’autres personnalités, les artistes de Tel-Aviv, Menashe Kadishmann, Etgar Keret, Noa et David Tartakover.  J’ai pour ma part utilisé un langage qui m’est cher : celui de l’image. “

Pour un avant-gout, pour découvrir l’autre Tel-Aviv, voici le très beau teaser du film.

Manitou en chanson

 

1

“Pour moi chanter une chanson de Brassens ou un psaume de David, c’est la même chose, cela peut me donner le même frisson. »  dit Patrick Ayache.

Né à Paris en 1958, passionné de chanson depuis l’âge de 14 ans, Ayache fait son  alya en Israël à Mayanot, l’école de Manitou, le rav Léon Aschénazi  . Il écrit d’ailleurs sur Manitou,  une très belle chanson Toi le Maître. Depuis il donne de nombreux concerts en français et en hébreu.

A l’occasion de son prochain concert et de la soirée qui sera consacrée dans quelques semaines à Manitou au théâtre de Jérusalem, voici les paroles de la chanson dédiée à Manitou. 

Toi le Maître

(Paroles & Musique : Patrick- Shmuel Ayache)

Toi le Maître aux doigts étonnants

Toujours là entre deux voyages

Toujours à nous indiquer la page

Comme on le fait à un enfant,

Quelque part dans Jérusalem

J’ai grandi comme un bout de lierre

Dans cette belle maison de pierre

Où tu nous enseignais en ce temps.

Toi le Maître aux doigts étonnants

Tu as guidé de signe en signe

Tous ces vagabonds qui cheminaient

Tout seuls depuis trop longtemps,

Par les villes de pays d’Europe

Par des chemins d’Extrême-Orient

On revenait sans trop de raison

On rentrait tout juste à la maison.

Aux sources profondes de ton être

Assoiffés nous avons bu sans fin

Sans jamais étancher notre soif

Sans jamais apaiser notre faim.

Où sont- elles ces belles nuits d’étude

Qui nous manquent tant aujourd’hui

L’âme se rechargeait d’infini

Dans des mondes de plénitude.

Toi le Maître aux doigts étonnants

Toujours là entre deux voyages

Toujours à nous indiquer la page

Comme on le fait à un enfant.

Cet enfant qui reste au fond de nous,

Un enfant qui chante ton message

Et qui pense à toi tout simplement

Toi le Maître aux doigts étonnants.

 

Patrick-Shmuel Ayache  donnera un concert le mardi 13 septembre à 20h30 à la Synagogue Beth Yossef, 10,Rue Mekor Haïm dans le quartier de Bakaa à Jérusalem.

Le 9 Av : le ménage du Messie

A Katamon, la pierre rosée de Jérusalem plaquée sur les vieux murs de plâtre a métamorphosé les taudis où s’entassaient les immigrants du Maroc dans les années cinquante. Au fil des années, le quartier misérable s’est épris de coquetterie. Les cours avenantes des maisonnettes bordent des ruelles soignées et les galetas ont pris des allures de villas-lego. De la petite pièce grisâtre où Simona, démunie de tout, avait débarqué au début de l’hiver 1953,  il ne reste qu’une photo jaunie d’une famille autour d’un poêle. Aujourd’hui, comme des cubes surmontant d’autres cubes, des pièces avec des balcons rajoutés  s’assemblent harmonieusement au dessus d’un patio fleuri où poussent de  la menthe, du romarin et du basilic. A 92 ans,  Simona est une matriarche de poigne. Elle est surtout une conteuse.

Le jour du 9 Av, elle raconte inlassablement la même histoire. Simona veut convaincre. Avec une anecdote, transmise de mère en fille depuis deux siècles, elle cherche à justifier qu’en ce jour de deuil millénaire, elle entreprend les grands ménages.

” Sur les montagnes de l’Atlas marocain, les Juifs attendaient avec impatience le 9 Av. Les sages ne nous enseignent t-ils pas que le Messie viendra à la fin de cette journée de deuil? Vers midi, après avoir récité avec ferveur les Lamentations de Jérémie, la maîtresse de maison, ôtait brusquement ses vêtements de deuil, jetait de l’eau sur les dalles de sa maison, commençait à astiquer lustres et argenterie, disposait ses marmites sur le feu, enfournait de la pâte à pain et fourrait entre les mains de son mari un pinceau pour repeindre les murs qui avaient eu le temps de se salir depuis Pessah. Le Messie arrivera dans quelques heures et il fallait bien se préparer à l’accueillir.

Vers l’an 1780, le Hida ( Le Hida est l’acronymie de Haïm Joseph David Azoulaï, l’une des sommités rabbiniques du XVIIIe siècle) se rendit au Maroc. Dans un sermon acéré, il s’insurgea contre la tradition de ces grands ménages: « Le Temple brûle et vous osez remettre votre maison à neuf ! Pour ce 9 av, vous resterez en deuil jusqu’à la nuit ».

Le lendemain, le Hida s’arrêtant un moment à l’ombre d’un arbre, surprit une conversation entre deux femmes du mellah : « Le grand rabbin nous interdit de faire du ménage. Il doit savoir que le Messie ne viendra pas cette année. A quoi bon les ménages? Quel chagrin! Quelle déception! »

Le Hida, consterné, se rendit sur le champ chez le rabbin et lui demanda d’annoncer à tous les chefs  de famille que leurs épouses pouvaient… « devaient  balayer, laver, blanchir leur maison car le Messie viendra cette nuit-là…»

Simona est fière et radieuse. Ses arrières petites filles rient aux éclats devant les mimiques théâtrales de leur aïeule. “Mes chéries, mes chéries, n’oubliez surtout pas, lorsque vous serez mariées, avec l’aide de Dieu. Il y a le grand ménage de Pessah, le ménage du shabbat, mais le plus important des ménages de l’année, c’est aujourd’hui, ce jour du 9 Av, le ménage du Messie.”

 

 

 

Mea Shearim

raphaelle-abib-mea-shearim

Méa Shéarim a été maintes fois photographié. L’effervescence des rues, les immenses centres d’études talmudiques, les minuscules et ancestrales yéshivot, les mikvés d’antan, le tisch des rabbis, les hommes, portant chapeau et calotte noirs, les femmes aux longues robes poussant des poussettes, entourées par une ribambelle d’enfants, et celles au foulard noir, tout attire le regard du photographe.

Cette fois, c’est une jeune-femme française, Raphaëlle Abib qui photographie Méa Shéarim et qui expose à Jérusalem. Le regard est très particulier. Je lui laisse la parole :

J’ai découvert le quartier de Mea Shearim lors de mon premier voyage en Israël. Soudain, j’ai eu envie d’aller vers l’inconnu, vers cette communauté qui vit selon ses propres codes, hors du temps et de notre modernité. Les habitants de Mea Shearim représentent aussi un visage du judaïsme qui m’est étranger et m’interpelle. Je n’ai pas l’habitude de photographier des inconnus, encore moins des personnes avec lesquelles je ne peux communiquer par les mots. J’ai volontairement choisi de travailler avec un objectif 50mm, qui oblige à faire des plans serrés. Pour réaliser certaines prises de vue, j’ai voulu affronter tantôt l’hostilité d’un regard, tantôt un geste de refus ou des paroles dont le ton se voulait blessant. J’ai senti combien tout regard étranger est vécu comme une tentative d’intrusion inacceptable. J’ai voulu braver l’interdit, pour tenter de lever un petit coin du voile, sur ces êtres qui traversent les rues de ce quartier de Jerusalem avec une détermination sans faille. J’ai aimé les saisir pendant ce moment unique de Pessah, où les couleurs, les rituels, les symboles, sont encore plus forts. De ce face à face, que sans mon appareil photo je n’aurais pas osé vivre, je suis sortie différente.

 

Raphaëlle Abib – Série de 23 photographies 61×51 cm, impressions pigmentaires sur papier Fine Art Hahnemühle Baryté 315 g. Edition limitée à 6 exemplaires, numérotée et signée. Prix de chaque photographie encadrée: 850 us$ ou 3000 NIS

31 mai – 28 juillet 2016

Municipality Gallery Jerusalem, 17 rue Yaffo

raphaelle-abib-mea-shearim-29raphaelle-abib-mea-shearim-37

 

 

Le syndrome de Pessah

 

 

L’agitation perpétuelle de la société israélienne donne déjà le vertige. A la veille de Pâques, le bouillonnement devient explosif. Le stress est la marque de fabrique de la fête. Comme si chacun, son balluchon sur l’épaule, allait, bel et bien quitter l’Egypte, fuir l’esclavage, traverser la Mer Rouge et entamer sur les pas de Moshé, un voyage de quarante dans le désert, pour arriver en terre promise. Mais vous y êtes, en terre promise! Israël, le pays où coulent le lait et le miel, où Prada et Porche ont pignon sur rue, où la liberté n’a parfois aucune limite, où la prospérité est, pour certains, à portée de main. Non et non! Les Israéliens se croient sur une scène de théâtre. Pendant quelques semaines, ils deviennent acteurs de leur histoire millénaire. En regardant l’affolement et la surexcitation des veilles de Pâques, on croirait lire les versets de l’Exode.

La logique perd ses droits. Si les clichés ne disent en général rien du réel, ce n’est pas le cas de Pâques. Le matériau principal de cette fête est fait d’un mélange de tension, de nervosité, d’angoisse et d’impatience. Chacun carbure pour l’autre. L’air du temps suscite une semi-terreur. Les carnets de rendez vous se figent. Rien! Ne me demandez rien! Mais justement c’est pour Pâques que… ! Rien ! Après Pâques ! Personne ne vous accordera ici un rendez vous, ni le peintre, ni le médecin, ni votre client. Campée sur son comptoir, la caissière tape des chiffres à l’infini. Dans les magasins bondés, il faut pousser des coudes, pour dénicher une belle jupe au prix maxi. Le piéton prend des risques pour se frayer dans les rues bondées. Jusqu’à l’aube, les chariots des supermarchés crissent entre les allées. Les voitures klaxonnent au quart de seconde en se demandant pourquoi le rouge n’a pas encore virer au vert. Même la charité se fait bouillonnante. Comme si les pauvres ne mangeaient qu’à Pâques. Les organisations caritatives placardent des affiches « Mettez dans ce carton une bouteille d’huile, un paquet de sucre et des friandises pour les pauvres» et ramassent de quoi nourrir  une nation pendant des mois. Devant papi et mami fiers et amusés, les adolescents peignent avec énergie les murs. Les balcons et les jardins fleurissent à plaisir. Sur les rives du Jourdain, à la frontière avec le Liban, les bateliers des kibboutz astiquent les kayaks à touristes.

Parés de leurs apparats des grands jours, les rabbins procèdent à la vente du hametz du pays à Mahmoud, l’habitant du village d’Abou Gosh. À Kfar-Habad, les Loubavitch font virevolter les  matzot dans leurs fours à bois.

Tsahal se laisse aussi tenter à ces remous. Adieu Hamass-Jiaad-Hizboulah. La grande opération logistique de la semaine est de rendre les cuisines des bases militaires « casher pour Pâques » explique très sérieusement le chef d’Etat major.

A l’approche de Pâques, la maitresse de maison virevolte de sa cuisine à son armoire avec la frénésie d’une danseuse du ventre. Il s’agit de tout finir à temps. Poussière, rangement, peinture, dégraissage, blanchissage. La forcenée de Pâques ne pense que balai, chiffon et eau de javel. Son regard embrase chaque matin ses armoires en remue-ménage et sa tension monte encore de quelques crans. Le dernier jour, l’excitation, l’affolement et l’horloge qui s’emballe créent des turbulences orageuses. Les risques d’hypertension menacent. Puis progressivement l’affolement s’apaise. La journée avait commencé sous des ruissellements de sueur. Elle s’achève en extase devant la maison astiquée et la ribambelle d’enfants en blanc immaculé. En blanc vaporeux de coton et de soie, la maitresse de maison regarde autour d’elle, presque surprise de la tempête qui s’est fait brise du printemps.

Et si le message était spirituel. Si la surexcitation était pour calmer les exaspérations de l’âme, pour sublimer l’esprit. Fête clef d’Israël, incontournable, passionnelle, parce que remise à zéro. Volupté des débuts, émerveillement de l’aurore, enchantement du nouveau, espoir des départs. Pâques est arrivé.

 

Abonnez vous à mon Blog

Le Mariage

En direct d'Israël

Ecouter

Lire

Le temps qui passe

December 2017
S M T W T F S
« Oct    
 12
3456789
10111213141516
17181920212223
24252627282930
31  

Archives

Commentaires…

Uses wordpress plugins developed by www.wpdevelop.com