En direct de Jerusalem

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Le Blog de Katy-Clara Bisraor Ayache

 

Herzl et une pièce oubliée à l’origine de la création de l’Etat d’Israël

 

 

Avant d’écrire Le Nouveau ghetto, en octobre 1894, Herzl ne croit pas à la possibilité d’un état juif. Quelques semaines après la rédaction de la seconde version, fin avril 1895, il aura l’illumination qui l’amène à rédiger L’Etat juif.

La pièce vient d’être traduite en français par Yéhouda Moraly et Michèle Fingher et est publiée dans une nouvelle collection : A La redécouverte du théâtre juif animée par les amis du Voyage de Betsalel qui publie également de très beaux livres sur les arts juifs.  

Une pièce de théâtre, essentielle pour comprendre le parcours de Herzl. Avant son écriture en 1894, Herzl pensait que l’assimilation résoudrait le problème juif. L’écriture du Nouveau Ghetto lui montre l’impossibilité de cette solution. Quelques semaines plus tard il rédige l’Etat juif. 

Au-delà du pathétique avocat juif, absurdement tué dans un duel absurde, victime de ses rêves d’assimilation, impossibles, on entrevoit le nouvel homme israélien, création de ce dramaturge devenu prophète, Théodore Herzl.

Yéhouda Moraly répond à nos questions

 

KB : Théodore Herzl était donc un dramaturge ?

YM : On oublie souvent que Théodore Herzl était, avant tout, un dramaturge et un dramaturge célèbre dont les pièces étaient jouées dans les plus grands théâtres viennois.

KB : De quelle sorte étaient les pièces qu’il écrivait ?

YM : C’étaient des pièces gaies faites pour amuser le public : Tabarin, Le petit garçon de maman, Sa Majesté, etc… De 1880 à 1894, c’est presque une pièce par an que Herzl écrit et fait jouer.

KB : 1894, c’est l’année où il arrive à Paris, comme journaliste, envoyé spécial du prestigieux Newe Frei Press.

YM : Oui. Et c’est à Paris qu’il écrit sa plus belle pièce, Le Nouveau ghetto, dont l’écriture va avoir sur lui une impression profonde puisque, avant sa rédaction, en octobre 1894, c’est un Juif assimilé qui ne croit pas au retour des Juifs en Israël et que, quinze jours après la rédaction de la deuxième version de la pièce, il compose L’Etat juif.

KB : Alors que s’est-il passé ?

YM : La pièce est entièrement autobiographique et sa composition a agi sur Herzl comme un processus psychodramatique. Il s’est entièrement projeté dans le héros de la pièce, Jacob Samuel, avocat, comme lui, très admiratif de la culture occidentale et désireux de s’y assimiler autant que possible, comme lui, pas très admiratif des Juifs d’argent ni des rabbins, comme lui, fils unique d’une mère possessive, comme lui et marié à une femme d’un milieu plus aisé que le sien, et qui ne comprend rien à ses états d’âme.

KB : Comme lui. Vous voulez parler de la malheureuse épouse d’Herzl, Julie Naschauer ?

YM : Oui, cette pauvre Julie avec laquelle il ne s’est jamais très bien entendu et dont il a brûlé l’immense fortune pour bâtir son rêve sioniste. Donc, ce double d’Herzl est dans la pièce, trahi par ses amis non-Juifs. Son ami intime, Frantz, adhère à un parti antisémite et ne veut plus avoir de rapports avec lui.  Jacob défend de toutes ses forces, au nom de l’honneur, un aristocrate qui ne voit dans sa conduite qu’une ruse raffinée, le provoque en duel et le tue.

KB : Une pièce terrible, basée sur un fait réel ?

YM : Oui. En 1892, le Marquis de Morès, antisémite ardent, avait provoqué en duel un jeune capitaine juif, Armand Mayer et l’avait tué. C’est l’époque où les aristocrates français provoquent systématiquement les Juifs en duel, un exercice auquel, évidemment, les Juifs sont moins experts.

KB : Alors qu’est-ce qui s’est passé dans la tête d’Herzl ?

YM : Par le biais de son personnage principal qui meurt, victime de ses valeurs occidentales (la noblesse, l’aristocratie des sentiments), Herzl comprend par l’écriture que les Juifs n’ont plus rien à faire en Europe et qu’ils doivent retourner en Israël pour y retrouver une identité perdue.

KB : Une idée neuve à l’époque ?

YM : Pas vraiment, beaucoup y pensèrent déjà. Et en 1894, Herzl avait pu voir une pièce d’Alexandre Dumas fils, La Femme de Claude (1873) où un Juif, Daniel, retourne en Israël pour y rebâtir le pays, accompagné de sa fille. Encore une pièce française, sioniste avant la lettre, qu’il faudrait redécouvrir.

KB : Le Nouveau ghetto a été joué ?

YM : Oui, en 1897, à Vienne et à Berlin. Mais jamais en Israël ou ailleurs. Et pour ceux qui voudraient continuer cette lecture, elle vient d’être publiée dans une collection francophone, « A la redécouverte du Théâtre juif ». Et un article consacré à cette pièce est paru dans une nouvelle revue francophone A la page, Numéro 1.

KB : Et en hébreu ?

YM : Il existe une traduction en hébreu mais qui a été faite en 1898. Une nouvelle traduction vient d’être effectuée –et il faudrait absolument pour rendre hommage à Herzl, ce dramaturge devenu visionnaire, la faire jouer ou au moins s’en souvenir. Bientôt le 27 août, c’est l’anniversaire du premier Congrès de Bâle. Ça serait une bonne occasion pour au moins effectuer une lecture publique, en zoom peut-être, de cette pièce oubliée à l’origine de la création de l’Etat d’Israël.

 

Un homme “agoun”

L’époux “agoun” face à une épouse qui refuse de recevoir son guet est un sujet dont on parle beaucoup moins que le drame de la femme agouna.

Le cas d’un mari “agoun”, est certes bien moins grave dans ses conséquences. Alors qu’une femme agouna, ( son mari refuse de lui donner son guet ) n’a aucune issue, le mari “agoun”, ( sa femme refusant de recevoir le guet), a du point de vue de la halakha plusieurs possibilités de continuer sa vie, y compris celle de se remarier (bien que l’autorisation d’un second mariage soit compliquée à obtenir). S’il a un enfant avec une autre femme, cet enfant sera légitime alors que dans le cas d’une femme sans guet, cet enfant sera “mamzer”, batard.

Tout en étant beaucoup moins dramatique pour le conjoint, l’attitude d’une femme qui refuse de recevoir son guet, est tout aussi reprochable. Comme pour la agouna, il y a là une exploitation inacceptable de la Loi juive. Ce que nous disons pour défendre la femme agouna, doit aussi être dit pour l’homme agoun. Lorsqu’il n’y a plus de chance de “shalom bait”, de vie maritale, le guet doit être donné immédiatement par l’époux et doit être reçu immédiatement par l’épouse.

Grâce à une décision d’une importance majeure pour le droit de la femme, décision datant d’un millier d’années, décrétée par Rabbenou Guershom, Meor Hagolah, (c. 960 -1040), un des premiers et des plus importants décisionnaires halachiques du monde ashkénaze, le divorce juif, le guet ne peut plus être donné par l’homme sans le consentement de l’épouse. L’épouse doit accepter le guet et le recevoir directement ou par un émissaire nommé par un Beit Din.

Le phénomène de femmes qui refusent de recevoir leur guet n’est pas rare. Selon les données des Tribunaux rabbiniques, il serait même plus important numériquement que le nombre de maris refusant de donner le guet à leur femme.

Cette semaine, la Cour Suprême saisi en appel par l’épouse qui refusait de recevoir son guet a tranché et donné raison à l’époux. Pour la Présidente de la Cour, la Juge Esther Hayout, le chantage de l’épouse est condamnable et la Haute Cour a donné raison au Tribunal rabbinique qui avait condamné la femme a une amende journalière de 150 shekels, puis de 220 shekels tant qu’elle refusera de recevoir son guet que l’époux a déjà déposé devant le Beit Din.

Le couple qui s’est marié il y a trois ans, s’est séparé après quelques jours de mariage. L’époux sous le conseil du Beit Din a accepté de transmettre à l’épouse les cadeaux du mariage pour une valeur de 60.000 shekels. Mais l’épouse continue depuis trois ans a refusé le divorce.

Dans le même dossier, La Haute Cour a par contre rejeté la décision du Beit Din de réduire la valeur de la Ketouba de l’épouse de 500 shekels par jour, tant que le refus de recevoir le guet se poursuivrait et permet ainsi à la femme de demander sa kétouba dans son intégralité, une fois qu’elle aura accepté de recevoir le guet.

Après 14 ans, Vicky a eu son guet

Après 14 ans !!! d’attente Vicky Tzur a reçu son guet ce matin au Beit Din de Netanya.

L’histoire débute à la fin de l’année 2006. Le mari de Vicky décide de divorcer. Quelques mois plus tard, il quitte Israël, abandonne sa femme et ses quatre enfants et s’installe en Argentine. Les premières années, Vicky espère que la crise est temporaire. Les années passent. En 2013, Vicky comprend que son mari a refait sa vie en Argentine et qu’il refuse de lui donner son guet.

Le Département des Agunot du Tribunal rabbinique d’Israël se saisit du dossier en 2016.  Depuis lors des négociations sont menées avec le mari par l’intermédiaire du rabbinat d’Argentine et du Grand Rabbin Gabriel Davidovitch. Vicky céde sur presque tout. En vain. Nous tentons presque tout, mais à chaque concession de Vicky, l’époux à une nouvelle exigence, parfois très technique et sans importance, parfois une exigence financière, et les mois passent, sans que nous arrivions à mener une négociation sérieuse. Après avoir pendant des années dit clairement non, il choisit une nouvelle tactique et fait trainer le processus. Des accords sont échangés. Mais rien n’avance. “Katy me dit Vicky, vraiment je ne comprends pas comment cela peut être possible. On ne peut rien faire ? Lui continue sa vie, et moi…”. La révolte de Vicky semble sans issue.

En novembre 2019, avec l’aide de l’organisation Yad laisha, une procédure contre l’époux pour dommage et intérêt débute. La Cour de Justice après plusieurs mois de procédure donne gain de cause à Vicky et impose une amende de 720.000 shekels à son époux. Mais, toujours en Argentine, il continue à refuser, malgré les pressions presque quotidiennes du rabbinat d’Argentine.

Le dénouement se produit, il y a une quinzaine de jours, en pleine crise de Corona, le Rav Davidovitch réussit à convaincre l’époux. Une autorisation spéciale est donnée pour pouvoir sortir malgré le confinement très sévère imposé à Buenos Aires. La semaine dernière l’époux a remis le guet au Rabbinat d’Argentine et vendredi, le guet, le guet-shlihout est arrivé en Israël. ”   Vicky a   retrouvé sa liberté après 14 ans de cauchemar.

Ce nouveau combat montre que même lorsque l’époux récalcitrant se trouve à l’étranger, la justice israélienne peut agir et réussir. Certes, le combat a été long, ardu, douloureux. Mais aujourd’hui Vicky est libre.

Les comédies minute de Jeanne Worms ou Le hasard n’existe pas

 

Le 17 décembre prochain, à 10 heures, une allée proche du Théâtre Marigny et des Champs Elysées sera nommée au nom d’une écrivaine au talent très rare, Jeannine Worms (1920-2006), à la fois essayiste, romancière et dramaturge.

La cérémonie de la pose de la plaque sera présidée par Anne Hidalgo, Mairesse de Paris.

Or, le même jour, à quelques milliers de kilomètres de là, au Théâtre de Jérusalem, salle Mikro, aura lieu la première en hébreu des Comédies minute de Jeannine Worms, qui écrivait des pièces très cruelles, très drôles et très rapides, des tragédies seconde de quelques phrases.

On peut supposer que ce n’est pas par hasard et que le metteur en scène Roy Horowitz ou les traducteurs, Yehuda et Sara Moraly, ont voulu que la première coïncide avec la remise de la plaque au nom de la dramaturge.

Il n’en est rien. C’est par pur hasard (mais on sait que le hasard n’existe pas) que les deux événements se déroulent le même jour. Et cette coïncidence n’est que la signature d’une série de coïncidences qui ont fait que des événements déroulés en Israël ont déterminé des événements se déroulant à Paris.

Jugez donc. Il y a assez longtemps, paraît dans Bama, le journal israélien spécialisé dans les Arts du spectacle, une pièce de Jeannine Worms, Mougnou Mougnou. Deux femmes papotent près du landau de leurs bébés –mais on s’aperçoit vite que les bébés qu’elles bercent sont des créatures spéciales qui vont s’entredévorer. Cette pièce, parmi les dizaines écrites par Worms, est jouée par deux femmes, l’une du style je sais tout, l’autre, la femme numero 2,du style nunuche dont la naïveté donne des ailes à sa savante partenaire. La pièce, magistralement traduite par Mikhal Zupan, a séduit une étudiante, Victoria Menasherov qui décida de faire un mémoire de maîtrise sur Jeannine Worms. La directrice de cette recherche, Sharon Leavi Aronson, se passionna pour le Théâtre de Worms et, devenue Chef du Département d’études théâtrales à Tel Aviv organisa, en collaboration avec Sefi Handler, le directeur de la Galerie d’Art de l’Université, une exposition « Manières de table » où étaient jouées deux pièces de Jeannine Worms, encore deux pièces de femmes, Le Goûter et La recette –encore deux pièces à l’humour noir et grinçant qui la caractérise. Ces pièces où la nourriture est centrale, une nourriture très spéciale puisque les deux femmes mangent leurs maris.

Yehuda Moraly, très admiratif du Théâtre de Worms, écrivit à l’occasion un texte de présentation qu’il destina, en hébreu, au catalogue de l’exposition, en français à une nouvelle revue francophone, A la page. Ce texte, envoyé en France, séduit Malka Markovitch, qui le publia dans son site, Palmyre. Or, Malka Markovitch venait de rééditer son livre Parisiennes, un livre consacré aux rues de Paris portant des noms de femmes. Elle était très consciente du peu de rues parisiennes portant des noms de femmes et désireuse de multiplier ces rues. Elle proposa alors à la Mairie de Paris le nom de Jeannine Worms. La très impressionnante carrière de celle-ci, son œuvre considérable, publiée chez des éditeurs prestigieux, firent le reste. Et, après un an de démarches et d’efforts, ce qui est très peu, voici Jeannine devenue allée, mais pas n’importe où, à côté de l’allée Marcel Proust, non loin des Champs Elysées et non loin du domicile où elle vivait, quand elle vivait, rue du Faubourg Saint-Honoré.

Que ce soit un spectacle israélien qui ait finalement provoqué cette nomination est assez extraordinaire, comme le fait que le même jour, elle se fasse découvrir, par ces pièces rapides, cris de désespoir, de délire, au public israélien.Jeanne Worms était juive mais n’avait rien d’une sioniste. Mais la voilà, post mortem, faisant une alya artistique. Elle est la représentante d’un groupe peu connu, celui des dramaturges juifs français, de Feydeau (sa mère était juive), à Ionesco (sa mère était aussi juive), à Tristan Bernard, Alfred Savoir, (Poznanski), Fernand Nozière (Weill), Grumberg, Vinaver, Yasmina Reza, Danièle Chalem, Kalisky, etc, etc…

Un Judaïsme qui, souvent ne s’avoue pas, mais qu’on perçoit, au-delà des gags ,des cabriole.Un humour absurde, féroce, qui pourrait bien caractériser les créateurs juifs. Le fantôme des Marx Brothers passe à travers les lignes du Théâtre de Worms.

Espérons que le public du 17 décembre soit sensible à cet humour complexe et tourmenté.

Non au guet-chantage

 

Cette semaine, au Tribunal rabbinique de Tel-Aviv, quatre femmes, deux de Paris, une de Strasbourg et l’autre de New York, ont été libérées.

Elles ont obtenu leur gett, après un combat âpre.

Six ans, quatre ans, 24 mois et 18 mois de souffrance.

Quatre histoires de femmes courageuses qui ont choisi de se battre, de lutter pour leur dignité, leur liberté, leur droit d’être une femme maître de son destin.

Les quatre époux, homme d’affaires, avocat, médecin, influents dans la communauté juive étaient persuadés d’être dans leur bon droit.

L’un d’entre eux est d’ailleurs un des 84 hommes signataires de la pétition de la Wizo pour les agunot !

Il nous a expliqué que ” sa femme à lui, n’était pas une aguna, et pourquoi le fait qu’il n’avait pas donné le guet à sa femme, deux ans après leur séparation, était légitime.”

C’est dire l’ignorance et l’embrouillamini.

” Nous avons un différend sur la répartition du patrimoine.”

” Je ne lui donnerais le gett, qu’après le divorce civil.”

” Elle m’a trompé, alors je ne lui donnerai pas son guet”.

” Je veux la garde des enfants. Donc pas de guet, tant qu’elle ne cédera pas. “

Ces arguments des époux récalcitrants nécessitent quelques éléments de réponse.

Le guet ne peut pas être utilisé comme levier de pression et comme monnaie d’échange dans un conflit sur le patrimoine.

Le guet n’est pas un moyen de punition dans les mains de l’homme parce que sa femme l’a trompé.

Le guet doit être donné sans rapport avec le divorce civil. En France, si une loi exige la tenue d’un mariage civil avant le mariage religieux, Il n’y a pas de loi identique sur le divorce. Par souci, trop strict du respect de dina demalkhouta dina” , les Tribunaux rabbiniques français ont établi une règle, qu’il faut changer si l’on veut mettre fin au “guet-chantage” et au “guet-racket”. Le lien avec le divorce civil est devenu un moyen pour nombre de maris d’extorquer de l’argent, des droits, des avantages.

Donner le guet à sa femme est une mitzva, un commandement biblique. (Dvarim, Deutéronome,24)

Certes, nous dit le cinquième Livre de la Torah, l’homme doit donner le guet de son plein gré, mais il n’est pas écrit que le guet est négociable. Détourner le sens de cette mitzva est une enfreinte grave à la Loi juive.

Les arguments utilisés par ces époux montrent l’urgence d’une clarté dans les messages des dirigeants religieux et communautaires. Le message doit être intelligible et clair.

Je rappelle la position du Rav Shlomo Stassman, un des juges rabbiniques les plus importants et influents d’Israël : “Lorsqu’il n’y a plus de chance de “shalom bait”, de paix dans le foyer, le guet doit être donné immédiatement.”

Haya et le gett impossible

 

Je vous mets souvent au courant d’histoires à succès, de femmes agunot que nous avons réussi à sauver. Et en effet des dizaines et dizaines de femmes ont pu retrouver leur liberté ces derniers mois; Malheureusement, nous avons aussi des histoires nombreuses et dramatiques, sans issue. Ces jours difficiles du mois juif d’Av je partage avec vous, une de ces histoires pour faire entendre la voix de celles qui vivent derrière des barreaux d’acier.

Elle s’appelle Haya (nom d’emprunt). Elle a 28 ans, vit dans un des quartiers orthodoxes de New York avec ses deux filles de 10 et 11 ans, sans espoir de vivre librement. Mariée sans l’être, interdite à tout homme, seule face à son destin.

L’histoire débute il y a douze ans. Ses parents sont en Israël pour quelques mois et réside dans un des quartiers orthodoxes de Jérusalem. Elle a alors 14 ans. Près de leur maison, un homme de 12 ans son ainé, Yaacov, (nom d’emprunt) s’éprend d’elle. Et lorsque la famille revient à New York, Yaacov s’installe lui aussi à New York et réussit à convaincre la jeune fille et sa famille. “Haya est la femme de ma vie”. Elle a 16 ans, il a 30 ans. Au bout de quelques mois, le roman d’amour tourne au cauchemar, violences physiques et morales de plus en plus graves. Le couple se sépare. Haya a 18 ans. Débute alors ce que Haya nomme la “descente aux enfers”. Le divorce civil traine devant plusieurs tribunaux de New York en raison d’appel et contre appels de l’époux. Il ne sera prononcé qu’en 2017, après dix ans de procédure !

Pour le divorce religieux, les choses se compliquent chaque jour. Devant plusieurs Beit Din de Brooklyn, l’époux annonce ouvertement qu’il ne donnera jamais le gett à sa femme. En 2011, alors en vacances en Israël, il est convoqué au Beit Din de Jérusalem, mais en raison d’une erreur grave du dayan d’alors il promet de donner le gett à New York, ce qu’il ne fera évidemment jamais après avoir réussi à quitter Israël en échange d’une caution.

Avec le Beit Din de Tel Aviv nous avons mené de multiples tentatives : pression sur la famille de l’époux, famille connue de rabbins du quartier orthodoxe de Beit Vegan à Jérusalem, des heures de négociations y compris nocturnes entre les juges rabbiniques et l’époux, réfugié entre temps à Los Angeles, pressions financières de toutes sortes, y compris sur ses biens en Israël. Mais rien n’y fait; le scénario cauchemardesque se répète à plusieurs reprises: après des mois de refus ou de silence, ouverture de négociations, l’épouse cède peu à peu sur tout, abandonne ses biens, ses droits à une pension alimentaire. L’époux dit oui puis quelques jours après dit non et clame qu’il ne donnera jamais le gett à sa femme qui restera sa femme à vie …

Haya a 28 ans et face à elle le néant. ” A cause de cette affaire, je ne dors pas la nuit” a dit un jour le dayan de Tel Aviv chargé du dossier. Et il n’est pas le seul.

Crédit photo : Merci à Yad Laisha et à l’actrice Hadar Dadon d’Habima pour l’utilisation des photos. En cas de reproduction de l’article ou-et des photos, obligation de préciser le crédit photo et l’origine : En direct de Jerusalem, le Blog de Katy Bisraor Ayache.

 

Deux histoires de gett

 

 

Nous avons cette semaine réussi à libérer deux jeunes femmes d’un mariage impossible, l’une de Paris, l’autre de New-York.

Elles ont eu leur gett  en Israël, après des mois de cauchemar. Deux histoires qui se ressemblent. Séparée depuis plus d’un an, sans espoir de “shalom bait”, de poursuivre une vie de couple, leur mari est convoqué à plusieurs reprises par plusieurs Beit Din locaux. L’époux “ignore” les convocations, puis promet de venir et ne vient jamais, mais continue sa vie, laissant sa jeune épouse, dans un tunnel sans fin, ni mariée, ni divorcée.

Certains rabbins et dirigeants de communautés, malheureusement jouent le jeu du mari, tentent de convaincre la femme de céder à des demandes sans fondement, et conseillent même au mari, dans le cas de New York, ” à laisser trainer l’affaire, elle finira bien par céder.”

Contrairement à cette attitude inacceptable d’un certain leadership, le Beit Din de Paris et un des Beit Din de Brooklyn, comprennent qu’ils sont face à “un chantage au gett”, ou à “un refus de gett non avoué ” de la part de l’époux et ne rien faire, risque d’imposer à une femme de moins de trente ans, une vie sans espoir.

La chance de ces deux jeunes femmes, c’est donc d’abord la mobilisation du Beit Din local, à Paris et à Brooklyn, qui ont fait une analyse juste de la situation. 

C’est ensuite, la politique de ‘” tolérance zéro” face aux maris récalcitrants menée avec détermination par le Beit Din d’Israël, dans ces deux cas, le Rav et Dayan Zvadia Cohen. Avec ténacité, le Beit Din d’Israël, depuis quelques années tente d’imposer à l’ensemble des Beit Din une politique claire : une femme ne peut plus être otage. Certes, il y a encore des bavures, des cas mal gérés, des situations intolérables, mais le message majeur est celui d’une tolérance zéro.

Le mari récalcitrant de New York, n’a eu aucun problème à expliquer au dayan, ” chez nous, c’est comme cela, si elle veut son gett, elle devra d’abord accepter “, avant de présenter une longue liste d’exigences  financières et liées à la garde de leur enfant.

Le Dayan du Beit Din de Tel-Aviv lui a répondu ainsi “ Jeune homme, lorsqu’il n’y a plus d’espoir pour une vie de couple, un gett se donne et se reçoit sans condition aucune. C’est la halakha.”

La reine Esther et l’agouna

Au début des années 2000, plusieurs organisations de femmes qui luttent pour libérer la femme agouna, ont pris la décision de marquer la journée internationale de la femme agouna, le 13 du mois juif d’Adar, le jour du jeûne d’Esther.

Comme la reine Esther prisonnière dans son palais, la femme agouna est « ancrée », « enchainée » à un mari fantôme, femme morte-vivante, sans espoir, sans statut, sans liberté.

Le sujet est un des défis majeurs du monde juif moderne.

Tout d’abord cette tragédie concerne des milliers de femmes à travers le monde. (Et d’hommes, mais le sujet est tout autre, les conséquences halakhiques étant bien moindre, pour les hommes dont les épouses refusent de recevoir le guet.)

Le refus de donner le gett ou le chantage au gett est un méga-phénomène, notamment en Diaspora. En Israël, des lois très sévères permettent de limiter les maris vindicatifs exploitants d’une manière honteuse la halakha. En Diaspora, même les Tribunaux rabbiniques les plus efficaces ne peuvent rien, face à un époux qui refuse de libérer sa femme.

Dans plusieurs pays et notamment en Amérique du Sud mais aussi dans des pays européens comme en Belgique, des femmes mariées ayant perdu tout espoir de recevoir leur guett, ont choisi de continuer à vivre et même d’avoir des enfants. A la tragédie humaine de ces femmes enchaînées, se rajoute des questions douloureuses et souvent insolubles de mamzerout, d’enfants illégitimes.

Conscients de ces tragédies humaines, le législateur israélien et l’establishment religieux ont pris l’initiative de nouvelles lois, visant à décourager les maris récalcitrants. Par ailleurs, la signature d’un contrat prénuptial, conforme à la halakha, et limitant les risques d’igoun donne déjà des résultats dans plusieurs communautés, notamment aux Etats-Unis. La possibilité d’annuler à posteriori un mariage, bien que très rarement utilisé, fait débat.

Mais pour cette journée internationale de la femme agouna, disons l’essentiel : la responsabilité du phénomène incombe à chacun d’entre nous, citoyen juif d’Israël et du monde, leader rabbinique, éducateur, dirigeant communautaire et médiatique.

Le message doit être clair : un homme juif ne peut pas retenir par la force une femme qui a dit non. Un homme juif ne peut pas négocier la liberté de sa femme. C’est contraire à la morale, c’est une indignité, c’est un opprobre pour la Loi juive.

Dernièrement, j’ai représenté devant le Beit Din, une femme religieuse, orthodoxe, d’une trentaine d’année, originaire de New York, séparée de son mari depuis huit ans. Son époux, lui aussi orthodoxe est membre actif et donateur d’une grande communauté de Brooklyn. Chacun connait le drame, chacun à choisir de se taire pendant des années. Nous connaissons des histoires identiques à Miami, à Paris, à Buenos Aires et partout dans le monde.

Lors d’un procès au Beit Din de Tel-Aviv, le Rav Stessman, un des dayan, juge rabbinique, parmi les plus importants d’Israël dans le domaine du droit familial, a répondu ainsi à un mari qui expliquait son refus de donner le guet car ” cela ne faisait que six mois qu’il était séparé de sa femme et que le divorce civil n’avais pas encore été prononcé.”

Lorsqu’il n’y a plus de chance de “shalom bait”, de paix dans le ménage, lui a répondu le Rav Stessman, que l’homme dit je ne veux plus vivre avec elle, que la femme dit je ne veux plus vivre avec lui, le guet doit être donné immédiatement. Sans attendre un seul jour. Un jour de plus c’est une situation d’igoun. ”

En d’autres termes, le guett ne peut en aucune manière être un moyen de pression. Les questions de garde d’enfants, de règlements financiers après. Et même le divorce civil, après. Le guett, d’abord.

 

Pour celles, ou ceux qui souhaitent un conseil juridique, nous avons une permanence en anglais et en français, tous les soirs du dimanche au jeudi, de 20h à 21h au +97239797755.

 

Yéroham, le néant prend vie

Le centre du Néguev n’est pas un plat pays. Baignés dans la lumière rasante, les mamelons de sable caramel s’y étendent à l’infini, avant de se changer en buttes de graviers, puis de rochers piquetés de touffes d’herbe poussiéreuses — des points verts tenaces sous le soleil torride. La terre semble brusquement immense. La grande amplitude, les ciels sublimes. À l’aube, les grisés du ciel se muent en teintes rosées; une lumière ocre voile le paysage immense où le bleu du ciel, doucement, se fait de plus en plus intense. La route du désert offre une traversée dans un temps différent. Loin des couleurs pétaradantes des villes du centre, la beauté est dans l’absence. Brusquement, au détour d’un virage, le néant prend vie. Au loin, tel un de ces mirages dont le désert est prodigue, apparaissent des maisons blanches aux toits rouges. Nous sommes à Yéroham. À moins de deux heures de Tel-Aviv.

Yéroham est née en 1951 au bord du grand cratère façonné durant des millions d’années par les torrents. Leur ruissellement a érodé la montagne jusqu’à provoquer l’effondrement du sol du désert. Les convois d’épices, d’encens et de myrrhe des caravaniers nabatéens traversaient ce paysage lunaire. Deux mille ans plus tard, Israël a créé des villages le long de cette route ancestrale. Les premiers habitants de Yéroham — des Juifs roumains rescapés de la Shoah — l’ont depuis longtemps quittée. La seconde vague, venue d’Afrique du Nord, n’a pas eu le choix de s’établir ailleurs que sur ces collines désertiques. Dans l’Atlas marocain et dans les synagogues de Tunis, les populations rêvaient de Jérusalem. Elles ont fini par construire leurs maisons dans le désert.

La moitié des dix mille habitants de Yéroham est originaire d’Afrique du Nord. Un tiers a immigré des anciennes républiques soviétiques dans les années 1990. Il faut compter aussi avec une petite communauté de Juifs d’Inde dont les femmes vont toujours drapées dans leurs saris colorés. Ajoutons quelques centaines d’ultra orthodoxes qui, pour payer un loyer moins cher, ont traîné leur redingote noire et leur chapeau de feutre sous les quarante degrés. Et des Juifs américains, des familles originaires des kibboutz environnants, des intellectuels, des jeunes religieux venus habiter là par idéal. Les habitants de Yéhoram se parlent, se heurtent, se divisent, s’embrouillent, se rejoignent et se mêlent parce qu’ils n’ont pas le choix.

À trente kilomètres au sud de Beer-Shéva, à quinze kilomètres de Dimona et à cent cinquante de Tel-Aviv, la petite ville perdue au fond du désert allait droit à la faillite comme beaucoup d’autres bourgades créées ex nihilo à la périphérie d’Israël pour peupler le territoire. Minée par les combats politiques, embourbée dans les dettes et la violence,  Yéroham cherchait un sauveur, un gestionnaire visionnaire. Amram Mitzna, l’ancien maire de Haïfa, avait l’étoffe pour relever le défi. Délaissant son fauteuil de velours rouge dans l’hémicycle de la Knesset, ce député travailliste influent a pris la direction du désert. L’Ashkénaze polonais est devenu le héros d’une ville séfarade. L’ancien général s’est plongé dans le social. Le dirigeant travailliste s’est allié à la droite religieuse. Le dictateur éclairé a sauvé Yéroham de la catastrophe, faisant de la petite ville un succès, un modèle, un symbole.

Amram Mitzna n’a été qu’un chef d’orchestre. Car la population de Yéroham « en voulait ». « Yes we can » fut sa devise bien avant de devenir celle de Barack Obama : oui, on peut changer son destin quand tout semble s’y opposer, quand la réalité promet la déroute. D’abord, on a planté le décor. Des places fleuries, le marché coloré du mardi, des centres communautaires flambant neufs, de belles avenues qui s’étendent dans l’espace infini, des parcs de jeux pour enfants. Voisins des immeubles miteux des années 1960, des quartiers de petites villas coquettes se sont édifiés dans le désert proche. Surtout, on a misé sur l’éducation. Un univers de délinquance a donné naissance à un leadership d’adolescents. Les petits génies qui fuyaient leur lycée à l’abandon pour les établissements  bon chic bon genre des kibboutz voisins, sont revenus dans leur « bahut » retapé à neuf suivre les cours de professeurs de qualité attirés par d’excellents salaires. Les taux de réussite au baccalauréat ont grimpé. Les mouvements de jeunesse ont convaincu. Au lieu de fumer en cachette, les adolescents peignent les murs de leur club et aident les personnes âgées à traverser la rue.

Les bambins casés, il fallait trouver des revenus plus décents à leurs parents. L’expansion du système éducatif, la création de petites usines et les technopoles du Néguev ont fait chuter le chômage en dessous des cinq pour cent. La petite ville a attiré en masse des éducateurs, des idéalistes, des pionniers, des hommes et des femmes de qualité. Séduits par le charme de cette bourgade située entre le grand cratère et un lac d’eau douce, ils ont donné de l’élan à Yéroham, ils lui ont insufflé une âme. Les premiers succès ont attiré les capitaux. Des investisseurs, puis des organisations caritatives de la Diaspora ont permis de financer les rêves.

Car les habitants de Yéroham ont un sens aiguisé de la créativité. La petite ville est une pépinière d’expériences novatrices. Les cuisinières de Yéroham, une vingtaine de Juives marocaines ont ouvert des restaurants dans leurs maisons et il faut réserver longtemps à l’avance pour goûter les tajines de poulet confit. Une association organise pour les juifs et les chrétiens des ateliers spirituels en plein désert, une autre propose des séminaires sur un judaïsme pluraliste. Un scientifique travaille à la création d’un parc d’écotourisme. Un grand festival de rock a lieu à Yéroham où est né un jeune groupe de rock indien, réputé pour ses sonorités énergiques.

Le melting-pot israélien dont Yéroham est un prototype pourrait-il être fédérateur, plutôt que de générer des tensions ? Les points communs sont-ils fondamentalement plus forts que les facteurs de dissension ? A Yéroham, le côtoiement explosif entre séfarades et ashkénazes, religieux et laïcs, intellectuels, riches et pauvres, s’est révélé porteur.

Le succès a cependant ses poches d’ombre, sa part d’espoirs fracassés. La coexistence avec les Bédouins du village voisin prend fin quand les bergers font brouter leurs chèvres près des arbustes du nouveau parc. Des jeunes couples ne réussissent pas à trouver un logement parce que les prix ont triplé en quelques années. Un collège académique a fermé ses portes, faute d’étudiants. Des familles pauvres sont restées à l’écart du miracle. L’endettement menace l’avenir du développement.

À la sortie de Yéroham, une piste de terre mène à un lac. Il y a quelque chose de mystérieux et de magique dans cette étendue aquatique en plein désert. Un petit barrage a été construit à la fin des années 1950 au milieu des dunes rocheuses qu’escaladent des gazelles aux cornes en épée. Lorsque les pluies sont rares, le lac est à sec ; après un hiver bien arrosé, le liquide précieux abonde et les oiseaux migrateurs se posent sur les tapis d’algues. On a même construit à proximité un plan d’eau artificiel, aujourd’hui entouré de grands arbres abritant des tables de pique-nique en bois. Au crépuscule, les habitants du désert se retrouvent dans ce lieu convivial de promenades et d’activités nautiques.

Naguère, les habitants de Yéroham rêvaient de Tel-Aviv. C’est désormais Tel-Aviv qui encense Yéroham. Ses réussites et ses rêves, son optimisme, son sens du dialogue et l’absence de cynisme de ses habitants ont mis la petite ville à la mode. « J’habite Yéroham » est devenu un label, un emblème.

Cet article a été publié pour la première fois, dans mon livre, “En direct d’Israël”, paru aux éditions Inpress.

 

Ajami à Jaffa : une réalité au fil du rasoir

Ajami est l’un des plus vieux quartiers de Jaffa, dans la banlieue sud de Tel-Aviv. Les deux tiers de ses cinquante mille habitants sont juifs, et un tiers est arabe. Rendu célèbre par le film   qui porte son nom, Ajami est un territoire de conflits enchevêtrés : de sourdes haines entre Arabes israéliens, Palestiniens et Bédouins ; des ressentiments sans espoir entre Juifs et Arabes ; des guerres fratricides entre musulmans et chrétiens. La débâcle matérielle alourdit le fardeau d’une société ravagée par les conflits communautaires. La dureté du quotidien exacerbe les jalousies entre hommes et femmes, les tensions entre parents et enfants, les conflits entre employés et employeurs.

Dans ce quartier, la drogue, la violence et la prostitution ont acquis une forme de légitimité. La tragédie des destins y est normalité. Ajami concentre à la fois les dilemmes d’un conflit interminable et les brisures sociales de la pauvreté. À quelques mètres à peine des rues mal famées, des maisons bourgeoises et accueillantes aux jardins plantés de bougainvilliers et de palmiers font face à la mer. Les rues embaument des parfums d’épices et de pain chaud. Les habitants sont affables ; certains racontent même des histoires, certes rares, d’amitiés entre voisins juifs et arabes. Il y a des mosquées, des églises, des monastères et aussi des théâtres d’avant-garde.

À la frontière d’Ajami s’ouvre la Jaffa touristique : son port, ses restaurants, ses galeries de peinture, ses ruelles centenaires rénovées. Et ses nouveaux immeubles de luxe où des familles de la Diaspora juive à la recherche d’exotisme ont acheté des appartements à des prix exorbitants. Non loin de là, une cinquantaine de familles de jeunes religieux idéalistes louent pour un prix modique des petits appartements coquets autour d’une synagogue et d’un centre talmudique, ignorant l’inquiétude de leurs voisins arabes. Le plus grand centre intercommunautaire d’Israël est établi à Ajami. Quelque deux mille Arabes et un millier de Juifs y étudient l’anglais, chantent et font ensemble de la poterie — un bel et rare exemple de coexistence, mais qui ne dure que quelques heures par semaine.

À Ajami se côtoient l’Israël des conflits et l’Israël de la normalité. Dans certaines rues, le regard croise l’Israël tranchant, déroutant, bouleversant, déchiré, presque insoutenable ; dans d’autres, l’Israël palpitant, inventif, culturel, riche et esthétique. Pour vivre, Ajami a fait, comme Israël, le choix de l’ambiguïté et d’une réalité sur le fil du rasoir.

Cet article a été publié pour la première fois, dans mon livre, “En direct d’Israël”, paru aux éditions Inpress.

 

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