Guet : Addis Abbeba – Tel Aviv

Loin du regard des médias, s’est déroulée ces derniers jours une affaire de guet sur trois continents, impliquant des dirigeants israéliens, éthiopiens et américains, des sommités rabbiniques et le Mossad, une affaire digne d’un roman d’espionnage.

Sarah (nom d’emprunt) de la communauté éthiopienne vit en Israël avec son mari et ses enfants. Il y a deux ans, sans prévenir, son époux disparait, laissant en Israël, une jeune femme aguna, seul avec ses enfants. Après plusieurs mois d’enquête, avec l’aide de l’ambassade d’Israël en Ethiopie et du Mossad, le département des agunot du Tribunal rabbinique de Jérusalem découvre que l’époux est retourné en Ethiopie. L’époux promet de donner le guet et le directeur du département, le rav Eliahou Maïmon, envoie immédiatement en Ethiopie, le rabbin Alon Nagussa, spécialiste de la communauté éthiopienne.

Une fois arrivé en Ethiopie, le rav Nagussa découvre que l’époux a disparu et contrairement à ses promesses n’est pas venu au rendez-vous pour remettre le guet à sa femme. De nouveau, les affaires étrangères et le Mossad, après un accord du Premier ministre Netanyaou se mettent à la recherche de l’époux récalcitrant. Après des mois de recherche, le mari est repéré il y a quelques semaines au Nord de l’Ethiopie. Mais dans cette région du Tigré, des combats violents et sanglants opposent l’armée éthiopienne avec le Front de libération du peuple du Tigré. Envoyer un rabbin et procéder à une remise de guet dans la région est risqué et techniquement impossible. L’inexistence de télécommunications ne permet pas un contact avec Israël nécessaire pour la remise du guet.

Le rav Maimon envoie un émissaire pour convaincre le mari de donner le guet et de se rendre avec lui plus au sud de l’Ethiopie. Une opération risquée est organisée par les services de la sécurité israélienne. Les deux hommes marchent à pied pendant près de deux jours dans les zones de combat avant d’être pris en charge par une jeep, qui les conduit sains et saufs, dans un hôtel de la capitale d Gondar, puis dans la capitale d’Addis Abbeba.

L’épouse est dépêchée au Beit Din de Tel-Aviv, et la cérémonie du guet a eu lieu la semaine dernière par conférence vidéo. Après deux ans Sarah a retrouvé sa liberté.

Quel est le prix que les services de la sécurité israélienne ont dû payer pour mener à bien cette opération risquée. Silence total des autorités. La liberté d’une femme a un prix que l’Etat d’Israël a accepté de payer.

Une Meguila écrite par une femme est-elle cacher ?

וַתִּכְתֹּב אֶסְתֵּר הַמַּלְכָּה בַת אֲבִיחַיִל וּמָרְדֳּכַי הַיְּהוּדִי אֶת כָּל תֹּקֶף לְקַיֵּם אֵת אִגֶּרֶת הַפּוּרִים הַזֹּאת הַשֵּׁנִית

מגילה ט, כט.

Pour ne pas faire durer le suspense, je vous donne la réponse d’emblée, une Méguila de Pourim écrite de la main d’une femme est strictement cacher, selon un jugement du grand décisionnaire sépharade, le Rav Ovadia Yossef.

L’importance de la question du point de vue halachique est liée à l’obligation de lire la Méguila d’Esther non pas dans un simple livre imprimé, mais dans un parchemin écrit à la main par un scribe selon des lois très strictes d’écriture, identiques à celles de l’écriture d’un rouleau de la Thora.

Sur l’écriture d’un rouleau de Thora, le Talmud, (Guittin, 45), précise qu’un homme et non une femme doit écrire le parchemin.  

Or, écrit le Rav Ovadia Yossef, les femmes ont l’obligation de lire ou d’écouter la Méguila d’Esther, le miracle de Pourim est celui d’une femme et donc “nous devons poser la question si la Méguila peut être écrite de la main d’une femme. “

La question a été posée maintes fois par les sages. Le Hida et d’autres sages ont déjà écrit qu’une Méguila écrite par une femme était strictement cacher.

Le Rav David Oppenheim a donné une explication à partir du texte même de la Méguila : ” Dans le texte de la Méguila, il est écrit   La reine Esther, fille d’Avihail écrivit)  Méguila d’Esther, 9, 29). ” C’est à partir de ces termes, que le Talmud, (Méguila, 19) a décrété que la Méguila, comme les rouleaux de la Thora, devait être écrite sur un parchemin, avec de l’encre et un porte-plume, et comment imaginer que la première Méguila écrite par Esther ne serait pas cacher !

En d’autres termes, si la Reine Esther a écrit la Méguila,il y a quelques 2500 ans, les femmes juives de génération en génération, peuvent elles aussi, apprendre les règles de la calligraphie hébraïque et écrire la Méguila d’Esther.

Un homme “agoun”

L’époux “agoun” face à une épouse qui refuse de recevoir son guet est un sujet dont on parle beaucoup moins que le drame de la femme agouna.

Le cas d’un mari “agoun”, est certes bien moins grave dans ses conséquences. Alors qu’une femme agouna, ( son mari refuse de lui donner son guet ) n’a aucune issue, le mari “agoun”, ( sa femme refusant de recevoir le guet), a du point de vue de la halakha plusieurs possibilités de continuer sa vie, y compris celle de se remarier (bien que l’autorisation d’un second mariage soit compliquée à obtenir). S’il a un enfant avec une autre femme, cet enfant sera légitime alors que dans le cas d’une femme sans guet, cet enfant sera “mamzer”, batard.

Tout en étant beaucoup moins dramatique pour le conjoint, l’attitude d’une femme qui refuse de recevoir son guet, est tout aussi reprochable. Comme pour la agouna, il y a là une exploitation inacceptable de la Loi juive. Ce que nous disons pour défendre la femme agouna, doit aussi être dit pour l’homme agoun. Lorsqu’il n’y a plus de chance de “shalom bait”, de vie maritale, le guet doit être donné immédiatement par l’époux et doit être reçu immédiatement par l’épouse.

Grâce à une décision d’une importance majeure pour le droit de la femme, décision datant d’un millier d’années, décrétée par Rabbenou Guershom, Meor Hagolah, (c. 960 -1040), un des premiers et des plus importants décisionnaires halachiques du monde ashkénaze, le divorce juif, le guet ne peut plus être donné par l’homme sans le consentement de l’épouse. L’épouse doit accepter le guet et le recevoir directement ou par un émissaire nommé par un Beit Din.

Le phénomène de femmes qui refusent de recevoir leur guet n’est pas rare. Selon les données des Tribunaux rabbiniques, il serait même plus important numériquement que le nombre de maris refusant de donner le guet à leur femme.

Cette semaine, la Cour Suprême saisi en appel par l’épouse qui refusait de recevoir son guet a tranché et donné raison à l’époux. Pour la Présidente de la Cour, la Juge Esther Hayout, le chantage de l’épouse est condamnable et la Haute Cour a donné raison au Tribunal rabbinique qui avait condamné la femme a une amende journalière de 150 shekels, puis de 220 shekels tant qu’elle refusera de recevoir son guet que l’époux a déjà déposé devant le Beit Din.

Le couple qui s’est marié il y a trois ans, s’est séparé après quelques jours de mariage. L’époux sous le conseil du Beit Din a accepté de transmettre à l’épouse les cadeaux du mariage pour une valeur de 60.000 shekels. Mais l’épouse continue depuis trois ans a refusé le divorce.

Dans le même dossier, La Haute Cour a par contre rejeté la décision du Beit Din de réduire la valeur de la Ketouba de l’épouse de 500 shekels par jour, tant que le refus de recevoir le guet se poursuivrait et permet ainsi à la femme de demander sa kétouba dans son intégralité, une fois qu’elle aura accepté de recevoir le guet.

Non au guet-chantage

 

Cette semaine, au Tribunal rabbinique de Tel-Aviv, quatre femmes, deux de Paris, une de Strasbourg et l’autre de New York, ont été libérées.

Elles ont obtenu leur gett, après un combat âpre.

Six ans, quatre ans, 24 mois et 18 mois de souffrance.

Quatre histoires de femmes courageuses qui ont choisi de se battre, de lutter pour leur dignité, leur liberté, leur droit d’être une femme maître de son destin.

Les quatre époux, homme d’affaires, avocat, médecin, influents dans la communauté juive étaient persuadés d’être dans leur bon droit.

L’un d’entre eux est d’ailleurs un des 84 hommes signataires de la pétition de la Wizo pour les agunot !

Il nous a expliqué que ” sa femme à lui, n’était pas une aguna, et pourquoi le fait qu’il n’avait pas donné le guet à sa femme, deux ans après leur séparation, était légitime.”

C’est dire l’ignorance et l’embrouillamini.

” Nous avons un différend sur la répartition du patrimoine.”

” Je ne lui donnerais le gett, qu’après le divorce civil.”

” Elle m’a trompé, alors je ne lui donnerai pas son guet”.

” Je veux la garde des enfants. Donc pas de guet, tant qu’elle ne cédera pas. “

Ces arguments des époux récalcitrants nécessitent quelques éléments de réponse.

Le guet ne peut pas être utilisé comme levier de pression et comme monnaie d’échange dans un conflit sur le patrimoine.

Le guet n’est pas un moyen de punition dans les mains de l’homme parce que sa femme l’a trompé.

Le guet doit être donné sans rapport avec le divorce civil. En France, si une loi exige la tenue d’un mariage civil avant le mariage religieux, Il n’y a pas de loi identique sur le divorce. Par souci, trop strict du respect de dina demalkhouta dina” , les Tribunaux rabbiniques français ont établi une règle, qu’il faut changer si l’on veut mettre fin au “guet-chantage” et au “guet-racket”. Le lien avec le divorce civil est devenu un moyen pour nombre de maris d’extorquer de l’argent, des droits, des avantages.

Donner le guet à sa femme est une mitzva, un commandement biblique. (Dvarim, Deutéronome,24)

Certes, nous dit le cinquième Livre de la Torah, l’homme doit donner le guet de son plein gré, mais il n’est pas écrit que le guet est négociable. Détourner le sens de cette mitzva est une enfreinte grave à la Loi juive.

Les arguments utilisés par ces époux montrent l’urgence d’une clarté dans les messages des dirigeants religieux et communautaires. Le message doit être intelligible et clair.

Je rappelle la position du Rav Shlomo Stassman, un des juges rabbiniques les plus importants et influents d’Israël : “Lorsqu’il n’y a plus de chance de “shalom bait”, de paix dans le foyer, le guet doit être donné immédiatement.”

Haya et le gett impossible

 

Je vous mets souvent au courant d’histoires à succès, de femmes agunot que nous avons réussi à sauver. Et en effet des dizaines et dizaines de femmes ont pu retrouver leur liberté ces derniers mois; Malheureusement, nous avons aussi des histoires nombreuses et dramatiques, sans issue. Ces jours difficiles du mois juif d’Av je partage avec vous, une de ces histoires pour faire entendre la voix de celles qui vivent derrière des barreaux d’acier.

Elle s’appelle Haya (nom d’emprunt). Elle a 28 ans, vit dans un des quartiers orthodoxes de New York avec ses deux filles de 10 et 11 ans, sans espoir de vivre librement. Mariée sans l’être, interdite à tout homme, seule face à son destin.

L’histoire débute il y a douze ans. Ses parents sont en Israël pour quelques mois et réside dans un des quartiers orthodoxes de Jérusalem. Elle a alors 14 ans. Près de leur maison, un homme de 12 ans son ainé, Yaacov, (nom d’emprunt) s’éprend d’elle. Et lorsque la famille revient à New York, Yaacov s’installe lui aussi à New York et réussit à convaincre la jeune fille et sa famille. “Haya est la femme de ma vie”. Elle a 16 ans, il a 30 ans. Au bout de quelques mois, le roman d’amour tourne au cauchemar, violences physiques et morales de plus en plus graves. Le couple se sépare. Haya a 18 ans. Débute alors ce que Haya nomme la “descente aux enfers”. Le divorce civil traine devant plusieurs tribunaux de New York en raison d’appel et contre appels de l’époux. Il ne sera prononcé qu’en 2017, après dix ans de procédure !

Pour le divorce religieux, les choses se compliquent chaque jour. Devant plusieurs Beit Din de Brooklyn, l’époux annonce ouvertement qu’il ne donnera jamais le gett à sa femme. En 2011, alors en vacances en Israël, il est convoqué au Beit Din de Jérusalem, mais en raison d’une erreur grave du dayan d’alors il promet de donner le gett à New York, ce qu’il ne fera évidemment jamais après avoir réussi à quitter Israël en échange d’une caution.

Avec le Beit Din de Tel Aviv nous avons mené de multiples tentatives : pression sur la famille de l’époux, famille connue de rabbins du quartier orthodoxe de Beit Vegan à Jérusalem, des heures de négociations y compris nocturnes entre les juges rabbiniques et l’époux, réfugié entre temps à Los Angeles, pressions financières de toutes sortes, y compris sur ses biens en Israël. Mais rien n’y fait; le scénario cauchemardesque se répète à plusieurs reprises: après des mois de refus ou de silence, ouverture de négociations, l’épouse cède peu à peu sur tout, abandonne ses biens, ses droits à une pension alimentaire. L’époux dit oui puis quelques jours après dit non et clame qu’il ne donnera jamais le gett à sa femme qui restera sa femme à vie …

Haya a 28 ans et face à elle le néant. ” A cause de cette affaire, je ne dors pas la nuit” a dit un jour le dayan de Tel Aviv chargé du dossier. Et il n’est pas le seul.

Crédit photo : Merci à Yad Laisha et à l’actrice Hadar Dadon d’Habima pour l’utilisation des photos. En cas de reproduction de l’article ou-et des photos, obligation de préciser le crédit photo et l’origine : En direct de Jerusalem, le Blog de Katy Bisraor Ayache.

 

Deux histoires de gett

 

 

Nous avons cette semaine réussi à libérer deux jeunes femmes d’un mariage impossible, l’une de Paris, l’autre de New-York.

Elles ont eu leur gett  en Israël, après des mois de cauchemar. Deux histoires qui se ressemblent. Séparée depuis plus d’un an, sans espoir de “shalom bait”, de poursuivre une vie de couple, leur mari est convoqué à plusieurs reprises par plusieurs Beit Din locaux. L’époux “ignore” les convocations, puis promet de venir et ne vient jamais, mais continue sa vie, laissant sa jeune épouse, dans un tunnel sans fin, ni mariée, ni divorcée.

Certains rabbins et dirigeants de communautés, malheureusement jouent le jeu du mari, tentent de convaincre la femme de céder à des demandes sans fondement, et conseillent même au mari, dans le cas de New York, ” à laisser trainer l’affaire, elle finira bien par céder.”

Contrairement à cette attitude inacceptable d’un certain leadership, le Beit Din de Paris et un des Beit Din de Brooklyn, comprennent qu’ils sont face à “un chantage au gett”, ou à “un refus de gett non avoué ” de la part de l’époux et ne rien faire, risque d’imposer à une femme de moins de trente ans, une vie sans espoir.

La chance de ces deux jeunes femmes, c’est donc d’abord la mobilisation du Beit Din local, à Paris et à Brooklyn, qui ont fait une analyse juste de la situation. 

C’est ensuite, la politique de ‘” tolérance zéro” face aux maris récalcitrants menée avec détermination par le Beit Din d’Israël, dans ces deux cas, le Rav et Dayan Zvadia Cohen. Avec ténacité, le Beit Din d’Israël, depuis quelques années tente d’imposer à l’ensemble des Beit Din une politique claire : une femme ne peut plus être otage. Certes, il y a encore des bavures, des cas mal gérés, des situations intolérables, mais le message majeur est celui d’une tolérance zéro.

Le mari récalcitrant de New York, n’a eu aucun problème à expliquer au dayan, ” chez nous, c’est comme cela, si elle veut son gett, elle devra d’abord accepter “, avant de présenter une longue liste d’exigences  financières et liées à la garde de leur enfant.

Le Dayan du Beit Din de Tel-Aviv lui a répondu ainsi “ Jeune homme, lorsqu’il n’y a plus d’espoir pour une vie de couple, un gett se donne et se reçoit sans condition aucune. C’est la halakha.”

La reine Esther et l’agouna

Au début des années 2000, plusieurs organisations de femmes qui luttent pour libérer la femme agouna, ont pris la décision de marquer la journée internationale de la femme agouna, le 13 du mois juif d’Adar, le jour du jeûne d’Esther.

Comme la reine Esther prisonnière dans son palais, la femme agouna est « ancrée », « enchainée » à un mari fantôme, femme morte-vivante, sans espoir, sans statut, sans liberté.

Le sujet est un des défis majeurs du monde juif moderne.

Tout d’abord cette tragédie concerne des milliers de femmes à travers le monde. (Et d’hommes, mais le sujet est tout autre, les conséquences halakhiques étant bien moindre, pour les hommes dont les épouses refusent de recevoir le guet.)

Le refus de donner le gett ou le chantage au gett est un méga-phénomène, notamment en Diaspora. En Israël, des lois très sévères permettent de limiter les maris vindicatifs exploitants d’une manière honteuse la halakha. En Diaspora, même les Tribunaux rabbiniques les plus efficaces ne peuvent rien, face à un époux qui refuse de libérer sa femme.

Dans plusieurs pays et notamment en Amérique du Sud mais aussi dans des pays européens comme en Belgique, des femmes mariées ayant perdu tout espoir de recevoir leur guett, ont choisi de continuer à vivre et même d’avoir des enfants. A la tragédie humaine de ces femmes enchaînées, se rajoute des questions douloureuses et souvent insolubles de mamzerout, d’enfants illégitimes.

Conscients de ces tragédies humaines, le législateur israélien et l’establishment religieux ont pris l’initiative de nouvelles lois, visant à décourager les maris récalcitrants. Par ailleurs, la signature d’un contrat prénuptial, conforme à la halakha, et limitant les risques d’igoun donne déjà des résultats dans plusieurs communautés, notamment aux Etats-Unis. La possibilité d’annuler à posteriori un mariage, bien que très rarement utilisé, fait débat.

Mais pour cette journée internationale de la femme agouna, disons l’essentiel : la responsabilité du phénomène incombe à chacun d’entre nous, citoyen juif d’Israël et du monde, leader rabbinique, éducateur, dirigeant communautaire et médiatique.

Le message doit être clair : un homme juif ne peut pas retenir par la force une femme qui a dit non. Un homme juif ne peut pas négocier la liberté de sa femme. C’est contraire à la morale, c’est une indignité, c’est un opprobre pour la Loi juive.

Dernièrement, j’ai représenté devant le Beit Din, une femme religieuse, orthodoxe, d’une trentaine d’année, originaire de New York, séparée de son mari depuis huit ans. Son époux, lui aussi orthodoxe est membre actif et donateur d’une grande communauté de Brooklyn. Chacun connait le drame, chacun à choisir de se taire pendant des années. Nous connaissons des histoires identiques à Miami, à Paris, à Buenos Aires et partout dans le monde.

Lors d’un procès au Beit Din de Tel-Aviv, le Rav Stessman, un des dayan, juge rabbinique, parmi les plus importants d’Israël dans le domaine du droit familial, a répondu ainsi à un mari qui expliquait son refus de donner le guet car ” cela ne faisait que six mois qu’il était séparé de sa femme et que le divorce civil n’avais pas encore été prononcé.”

Lorsqu’il n’y a plus de chance de “shalom bait”, de paix dans le ménage, lui a répondu le Rav Stessman, que l’homme dit je ne veux plus vivre avec elle, que la femme dit je ne veux plus vivre avec lui, le guet doit être donné immédiatement. Sans attendre un seul jour. Un jour de plus c’est une situation d’igoun. ”

En d’autres termes, le guett ne peut en aucune manière être un moyen de pression. Les questions de garde d’enfants, de règlements financiers après. Et même le divorce civil, après. Le guett, d’abord.

 

Pour celles, ou ceux qui souhaitent un conseil juridique, nous avons une permanence en anglais et en français, tous les soirs du dimanche au jeudi, de 20h à 21h au +97239797755.

 

Israël – Portrait de femmes, Vaan Nguyễn Thi Hong

 

Née de parents vietnamiens, Vaan Nguyễn Thi Hong est israélienne. Cette jeune femme belle et mélancolique a la colère des femmes sans racines. Elle voudrait hurler et gémir. A la fois contre le pays qui n’est pas le sien et contre la terre de ses aïeux qui lui est étrangère. Elle navigue dans la vie sans gouvernail. Un voyage au départ flou et à l’arrivée incertaine. Elle a parfois l’impression d’être un papillon qu’un ouragan emporte, une plante vivace qu’un cannibale dévore, une petite fille que l’on agresse. Le malaise des déplacés, des hommes du nulle part.

C’est en juin 1977 que Menahem Begin accueille un groupe de boat people vietnamiens sauvés en Mer de Chine, par le commandant d’un cargo israélien. Le leader de la droite vient de prendre le pouvoir après trente ans d’hégémonie travailliste et voit dans ce geste la raison d’être de l’État d’Israël. Begin se rappelle les rescapés des camps, au regard hagard, victimes de l’indifférence des nations et tend la main aux déshérités de la terre. Quelques dizaines au début, les réfugiés vietnamiens furent bientôt quatre cents. Le public israélien était enthousiaste. Israël aimait ce rôle de sauveur. Les enfants agitaient des drapeaux bleu et blanc pour accueillir les nouveaux habitants de leur ville. Des volontaires fournissaient meubles, habits et jouets. Rapidement, l’enthousiasme céda la place à une indifférence polie. Beaucoup de réfugiés quittèrent Israël. Ceux qui restent vivent en autarcie, défendant leur patrimoine culturel. Et leurs enfants, confrontés à l’histoire douloureuse de leurs parents, sont sans port d’attache. À la recherche d’une identité.

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Israël – Portrait de femmes, Ofra Strauss

Israël – Portrait de femmes, Vaan Nguyễn Thi Hong

Israël – Portrait de femmes, Hanin Zoabi

Comme une thérapie, Vaan Nguyễn Thi Hong a interprété, aux cotés de son père, son propre rôle dans le Voyage de Vaan, un film tourné au Vietnam sur la recherche pathétique d’espoirs à jamais disparus. Vaan et ses quatre sœurs ont servi dans l’armée israélienne. L’une d’entre elles s’est convertie au judaïsme pour pouvoir épouser un Israélien — un choix de convenance que Vaan a refusé de faire. Après avoir voyagé de par le monde, Vaan est revenue en Israël. Elle ne se sent chez elle, ni à Saigon, ni à New York, ni à Tel-Aviv; mais ici les mots, l’écriture, la poésie deviennent chaque jour sa raison d’être, son ancrage.

L’Israélienne dont les parents balbutient à peine l’hébreu, est devenue une virtuose de la langue. Les vers de Vaan ont un charme mystérieux. C’est une poésie authentique à la beauté dépouillée et sensuelle écrite dans un hébreu sans rigueur grammaticale, mais pur et vrai. Une langue qui échappe aux règles et jongle avec des associations étranges, créant une musicalité inconnue de la langue biblique. Vaan parle du quotidien, de la douleur, de la fragilité, de la dépression, des obsessions de ceux qui n’ont plus de pays. Elle raconte sa vie en porte-à-faux entre ses parents vietnamiens et ses amis israéliens. Elle parle du vide de l’immensité urbaine, mais aussi du bouillon de culture de Tel-Aviv. « La poésie est un hasard, j’ai commencé à écrire par solitude, pour effacer les souvenirs difficiles de mon enfance. J’étais une Asiatique proscrite  et qui rêvait d’être israélienne. Adolescente, j’ai même écrit au premier ministre pour ôter la mention “vietnamienne” sur ma carte d’identité. En vain. »

Au Café du Petit Prince, au 18 de la rue Nahalat-Benyamin, Vaan et ses amis poètes se rencontrent chaque semaine pendant des heures. Ce nouveau courant de jeunes poètes israéliens renoue avec la tradition de la poésie hébraïque du début du xxᵉ siècle. Les discussions passionnelles se terminent parfois en pugilats. Vaan et ses amis publient des poèmes dans des revues d’avant-garde applaudies par les critiques et ignorées du grand public. Vaan n’est plus vietnamienne, mais écrivaine et poétesse.

Cet article a été publié pour la première fois, dans mon livre, “En direct d’Israël”, paru aux éditions Inpress.

Israël – Portraits de femmes : Hanin Zoabi

Hanin Zoabi est palestinienne, arabe, citoyenne israélienne, députée et bête noire de la grande majorité des Israéliens.  Membre du Balad, le parti arabe nationaliste et laïc, elle côtoie la direction du Hamas, soutient l’Iran et justifie les attaques contre Israël. Célèbre depuis l’affaire de la flottille Marmara, elle est parmi les personnalités politiques les plus honnies de beaucoup d’Israéliens.

« J’ai le talent des activistes politiques : oratrice impétueuse, caractère bien trempé, coléreuse, audacieuse, passionaria et patiente. Entre le despotisme islamique, la misogynie arabe et l’occupation israélienne, j’ai pour mission de défendre les droits de mon peuple. Je n’ai qu’une peur, une seule : la faiblesse de l’homme. »

De taille moyenne, menue, vêtue d’une veste stricte et d’un pantalon cintré, portant des lunettes rondes sur un visage pâle encadré de cheveux noirs coupés au carré, Hanin Zoabi a du charme. Elle a obtenu avec mention ses diplômes en psychologie, philosophie et communication dans les universités de Haïfa et de Jérusalem. Native de Nazareth, elle a grandi dans le fief de l’aristocratie arabe, la grande hamoula des Zouabi. Ses oncles étaient des dignitaires du Royaume hachémite. Ils étaient aussi les alliés d’Israël : ils ont été maire de Nazareth, député, vice-ministre de la Santé, juge à la Cour suprême. L’un deux a même servi dans la Haganah; un autre a épousé une Juive.

« Les Arabes des Juifs. Gentils et dociles. Frottés à l’establishment israélien. Des naïfs. Comme les dirigeants palestiniens d’aujourd’hui. L’ancienne génération. Celle des passe-droits, du bon voisinage, de la coexistence d’intérêts. Les Palestiniens réprimés et conquis. Ils ont baissé la tête et se sont recroquevillés dans l’ombre. J’ai choisi un autre chemin. Je représente la génération des fiers ».

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Israël – Portrait de femmes, Ofra Strauss

Israël – Portrait de femmes, Vaan Nguyễn Thi Hong

C’était la fin de l’année à l’école primaire. Elle participait au concours de la meilleure rédaction. Les élèves juifs écrivaient en hébreu, les élèves arabes en arabe. Elle a gagné le concours.

« J’avais dix, onze ans. On m’a amenée à Jérusalem recevoir le prix des mains du président de l’État. Derrière moi flottait le drapeau bleu et blanc d’Israël. Je l’ai regardé et un sentiment étrange m’a assaillie. Ce n’était pas mon drapeau. J’aurais pu plonger dans l’amertume. J’ai choisi la lutte ».

La réalité a initié Hanin Zoabi à la chose politique. Son mentor est Azim Bashara, le fondateur de Balad, aujourd’hui réfugié dans les Émirats arabes et accusé par Israël d’espionnage au profit du Hézbolah. Elle a été attirée par ses convictions. Il a été séduit. Elle est son héritière.

« Je suis un contre-sens. Un paradoxe. Le contraire de l’archétype de l’Arabe musulmane. Une femme d’un peu plus de quarante ans non mariée, sans enfants, vivant chez ses parents et devenue l’icône de la lutte nationale arabe ! Et je parle. Je crie. J’exhorte. Je provoque. J’ignore les principes rétrogrades, les codes tacites de la tribu, les regards suspicieux des miens et les reproches des intégristes. Avant de déranger les Juifs, je dérange l’homme arabe. Dans son amour propre ».

Le féminisme ?

« Le féminisme m’ennuie. Parce qu’il est une évidence. Lorsque ma mère amenait un verre d’eau à mon père, je m’insurgeais. J’avais à peine cinq ans. Les questions sur ma vie de femme sont inutiles. La lutte essentielle est une lutte nationale. Je lutte pour que cette terre, qui n’est pas une terre juive, redevienne une terre arabe. »

Le passé juif ? La Bible ? Jérusalem, la ville du roi David ? Le Temple de Jérusalem ? Safed, la ville des Sages ?

« Il y a un passé juif. Mais aujourd’hui, il faut deux pays. La Palestine aux Palestiniens. Et Israël, un État laïc pour les Juifs et les Arabes. »

Donc, la Palestine et la moitié d’Israël pour les Arabes, et la moitié d’Israël pour les Juifs. Un pays et demi pour les Arabes et un demi pays pour les Juifs ?

« Pour vivre en paix, il faut deux pays. Les Juifs ne veulent pas la paix. Nous voulons la paix. Le Hamas veut la paix. »

La chartre du Hamas ? Les roquettes contre Sederot ?

« Un peuple qui occupe la terre d’un autre peuple n’a pas le droit de vivre en paix. »

Hanin Zoabi révolte beaucoup d’Israéliens. Elle veut révolter.

«  Je déballe. Haut, fort, violemment. Je dérange et j’aime déranger. Je m’inscris dans la durée. Le chemin sera long. J’ai de la patience. »

Pour le court terme, un dialogue ?

« Il n’y a pas de dialogue possible. Israël doit d’abord disparaître en tant que pays juif. Nous vivons dans deux pays différents. Le pays des dominants. Le pays des exploités. Je n’ai rien à céder, car nous n’avons rien. La terre, le pouvoir, les moyens sont aux Juifs. Israël a immigré chez moi. Israël, c’est mon chez moi. Avant d’être chez vous. »

Pour le présent, une étincelle d’espoir ?

« Non. »

La démocratie, la liberté d’expression, la Knesset, la médecine, la haute technologie, le soleil, notre rencontre ?

«Je n’ai rien à dire de bien sur Israël. »

Hanin Zoabi, palestinienne et israélienne, députée, parle avec conviction. Sans doute aucun. Le message est dur, le refus total, irrévocable. L’abîme, immense.

Cet article a été publié pour la première fois, dans mon livre, “En direct d’Israël”, paru aux éditions Inpress.

Israël – Portrait de femmes, Ofra Strauss

A l’entrée du bureau d’Ofra Strauss, au sommet d’une tour de la city de Ramat Gan, de beaux cadres de photos racontent l’histoire de la dynastie familiale.

Sur tout un pan de mur, sont exposés des encadrements de diverses dimensions, de couleurs vives et pastels, de bois sombre, dorés, argentés, de formes modernes et de style ancien. On y voit les débuts d’Israël, les grands parents fondateurs au regard fier, la première étable, les vieux tracteurs, la laiterie en noir et blanc, les parents, les enfants et les petits-enfants. Pour  l’héritière de l’un des fleurons de l’industrie israélienne, le succès s’inscrit intimement dans l’ancrage familial.

Dans les années 1930, des juifs, fuyant l’Allemagne nazie fondaient au bord de la Méditerranée, à quelques kilomètres de la frontière avec le Liban, la bourgade de Naharya. Dans une baraque face à la mer, Hilda, la grand-mère d’Ofra Strauss, fabriquait des fromages et des yaourts. Quelques décennies plus tard, la laiterie artisanale est devenue un empire industriel : des alliances stratégiques avec Danone, PepsiCo, Haier et le rachat d’Elite, autre société familiale, ont propulsé Strauss-Elite, ses yaourts, ses salades, ses chocolats et ses glaces à la tête de l’agroalimentaire israélien. En 1999, Michaël Strauss, le fils des fondateurs nomme sa fille aînée à la présidence du groupe. Depuis, avec 14.000 employés et un chiffre d’affaires de quelques deux milliards de dollars, l’entreprise présente dans dix-neuf pays, rayonne sur plusieurs continents.

Ofra Strauss est classée parmi les quinze femmes d’affaires les plus influentes du monde. Brune au teint blanc, brillante, riche, admirée, mère de quatre enfants, Strauss a une beauté ondoyante<

Voir aussi

Israël – Portrait de femmes, Ofra Strauss

Israël – Portrait de femmes, Vaan Nguyễn Thi Hong

Israël – Portrait de femmes, Hanin Zoabi

Une robe noire chic et minimaliste, un visage sans maquillage (« un choix philosophique »),  un mélange d’élégance, de naturel et de simplicité hautaine. Après une expérience de marketing chez l’Oréal à New York, elle gravit les échelons, seule, sous le regard exigeant de son père qui comprend vite que sa fille sera l’héritière. Elle a comme qualité première de choisir les bonnes alliances et les partenaires de qualité. Ofra Strauss est intuitive et workaholic, douze heures par jour au bureau n’est qu’une moyenne.

 

La naissance de la révolte sociale de l’été 2011 l’a passionné. Ses conseillers en communication hésitaient; elle a tranché et ouvert son bureau et même le jardin de sa maison aux « Indignés ». Ils exigeaient la baisse du prix du Milki, le célèbre yaourt au chocolat enrobé de crème onctueuse, le produit phare de Strauss. Elle s’intéressait à la philosophie de la révolte. Ses interlocuteurs n’ont pas été convaincus par la sincérité de la capitaliste et ont vite scandé « des gestes, pas des mots ». Ofra Strauss s’est faite plus discrète.

Elle reste pourtant le fer de lance de la responsabilité sociale de l’entreprise. Strauss parle avec fierté de “Yasmine”, un fond d’investissement, créé pour aider des femmes, juives et arabes, à développer des petites entreprises à succès. Présidence de Maalé, une organisation caritative qui regroupe les grands acteurs du monde des affaires, elle a convaincu: bien au-delà de l’effet “paillettes”, le ”Corporate Responsibility”  doit jouer un rôle innovant. Avec quelques autres patrons, elle a fait du bénévolat  une norme de l’entreprise  l’israélienne. En Israël, la  performance se mesure aussi aux actions sociales de l’entreprise.  Et à l’implication personnelle de son patron: lorsque que les tirs des raquettes du Hamas et du Hezbollah touchaient les zones périphériques, Ofra Strauss quittait chaque matin son bureau pour se rendre auprès des employés des usines du Nord et du Sud du pays.

“Les Trois femmes” racontent le combat de trois israéliennes: la juive orthodoxe Adina Bar Shalom, la militante Yifat Ovadia et la bédouine Ama Elsana Alh’juj, engagées, toutes trois, pour changer la réalité des femmes de leur communauté. En réalisant ce court-métrage épuré et sensible, Ofra Strauss a voulu transmettre un message. Figure emblématique de l’économie israélienne, elle prêche pour un pays divers, ouvert, tolérant, féminin, égalitaire, juste.

Impliquée aussi ces jours-ci dans le combat contre la violence infligée aux femmes, Ofra Strauss, sait pourtant que ces combats seront longs, durs et douloureux.

Cet article a été publié pour la première fois, dans mon livre, “En direct d’Israël”, paru aux éditions Inpress.