21è jour: Caleçons et chaussettes

 

Je pourrais je crois consacrer un livre entier aux initiatives de solidarité de ces derniers jours: des milliers qui accompagnent l’opération Bordure préventive. Nous avons choisi aujourd’hui, une de ces initiatives, tout à la fois triviale et vitale.

Lorsque vous servez à Gaza depuis trois semaines, nous raconte un soldat, pas le temps de laver le linge. Lorsque vous avez retourné déjà à trois reprises vos caleçons et vos chaussettes, à l’endroit, à l’envers…préférable tout de même de les changer.

Chacun ici connait cette réalité du quotidien du soldat, résultat des tonnes et des tonnes de caleçons et de chaussettes arrivent depuis quelques jours, à la frontière. Des initiatives spontanées de citoyens, de grandes entreprises, de juifs de la Diaspora.

La solidarité sous toutes ses formes.

20è jour: Ashkelon, le cessez le feu de Roza

 

Samedi à 8 heures du matin, après une nouvelle nuit d’explosions et d’alertes rouges, un silence étrange dans la ville d’Ashkelon. La rumeur s’est répandue en quelques minutes. Un cessez le feu pour quelques heures. Roza, 92 ans, immigrée du Maroc dans les années cinquante a refusé de sortir de chez elle. Mais toute sa famille, ses enfants, petits et arrières petits enfants, comme des milliers d’autres familles ont passé la journée au soleil, sur les belles plages de la ville, de nouveau bondées. Quelques heures de normalité.

A 22 heures, la sirène d’alarme retentissait de nouveau à travers la ville. Vous voyez, heureusement que je suis restée chez moi, commente Roza. Jamais nous n’avons vécu cela en Israël. Les maisons des juifs bombardées? Comment est-ce possible? 

17è jour: La solidarité jusqu’à la mort

 

Jordan Bensimoun ז"ל

Jordan Bensemoun ז”ל

Max Steinberg ז"ל

Max Steinberg ז”ל

shon carmeli ז"ל

shon carmeli ז”ל

Shon Carmeli 21 ans, du Texas, Jordan Bensemoun, 22 ans de Lyon et Max Steinberg 24 ans de Los Angeles. Trois soldats israéliens  sont venus servir Israël en laissant leur famille dans leur pays d’origine, חייל בודד  , hayal boded, en hébreu, soldat sans famille.

Tous les trois sont tombés dans les combats à Gaza. Quelques dizaines, peut-être quelques centaines de personnes à peine devaient être présents pour les conduire à leur dernière demeure.

Mais ils ont été des dizaines de milliers. Ils sont venus de tout Israël. Des jeunes, des personnes âgées, des hommes et des femmes qui ont laissé leur travail, leur quotidien pour venir inhumer, rendre honneur à un soldat qu’ils ne connaissaient pas.

La solidarité spectaculaire du peuple juif de ces derniers jours, jusqu’à la mort.

16è jour: Myriam et l’aburdité de la guerre

 

 

Dans la guerre, il y a des situations tout à la fois absurdes, illogiques, kafkaïennes et symboliques. En voici une d’entre elle.

Myriam dirige le département de pédiatrie dans un grand hôpital au centre d’Israël. Dans ce département sont hospitalisés une dizaine d’enfants palestiniens de Gaza, gravement malades, maladies du coeur, leucémie. Israël peut les soigner, et les familles ont demandé et obtenu d’Israël, une autorisation spéciale à titre humanitaire.  Pour Myriam, il faut sauver ces enfants, comme il faut sauver les enfants du monde entier. Elle passe de l’un à l’autre, tout en étant rivée sur l’écran de son téléphone. Son fils ainé fait partie de l’unité de Golani qui combat à Gaza.

Parfois raconte-t-elle, je m’arrête quelques secondes, et une pensée traverse mon esprit. Peut être que le frère, l’oncle de cet enfant, se trouve en ce moment même face à mon fils. Peut-être que mon fils fouille les caves de la maison de cet enfant. Quelques secondes, et je replonge dans la lutte acharnée pour sauver cet enfant.

15è jour: La piscine de Kerem Shalom

 

Kerem Shalom est un petit kibboutz frontalier, situé juste à la frontière entre Israël et Gaza, face à Rafiah. Une vingtaine de familles, quelques volontaires, en tout une centaine de personnes et plusieurs dizaines d’enfants vivent dans de petites maisons coquettes et fleuries. Des pelouses du kibboutz, on voit nettement les premières maisons palestiniennes. Les tirs de roquettes sont incessants.

Mais les vacances sont les vacances. Alors, chez la famille Karni-Hadass, les bambins jouent dans la piscine…. dans la chambre étanche et blindée.

14è jour: Trois adolescentes à Ashdod

Le pire,  c’est qu’elles n’ont même plus peur, les adolescentes d’Israël. Au bruit de la sirène, en éclatant de rire, par inconscience ou par nervosité, sans oublier leur téléphone, leur bouteille d’eau et le selfie d’usage, trois adolescentes  se réfugient dans la cage d’escalier de leur immeuble au moment d’une sirène à Ashdod. Plus de deux cent roquettes ont touché la ville du sud.

13è jour: Israël enterre ses soldats

sivan safrir

 Tsafrir Bar On ז”ל et sa femme

 Dans les rues d’Israël, la tristesse est palpable, comme une lourde pierre noire que chacun tente en vain d’écarter de son chemin. Un soupir, un regard dans le vague, un geste révélent la douleur. Pas simple pour Israël d’enterrer dix huit soldats en moins de trois jours.

Chaque histoire est tragique.  Tsafrir Bar On avait 32 ans, père d’une petite fille d’un an et mariée à Sivan enceinte de huit mois. Les affres de la guerre. 

12è jour: Le soldat de chacun

 

Dans une synagogue, le rabbin fait une prière pour les soldats, puis dit, que ceux qui ont un soldat à Gaza vienne le bénir.  Alors les trois quart des fidèles se lèvent.

Dans ce pays, presque chacun à un soldat au front et chaque soldat est comme l’enfant de chacun. Lorsque la radio  a annoncé le nom du premier soldat tué dans l’opération Bordure préventive, une meurtrissure s’est rajoutée au tréfonds de chaque israélien, un bleu de plus,  dans les coeurs déjà écorchés par cent ans de conflit sans espoir. Comme une contusion, un hématome, à chaque fois plus douloureux.

8è jour: Et de nouveau, comment faire pipi à Ashdod?

 

En novembre 2012, lors de la dernière confrontation entre Israël et le Hamas, l’opération Piliers de défense, j’avais publié sur ce Blog un post, témoignage d’une amie, Comment faire pipi à Ashdod? Le problème désormais, est que ce type de problème existentiel se répète un peu trop souvent dans notre région…

Voici donc de nouveau l’histoire : ” Lorsque l’on habite une ville où les alertes et les explosions détonnent sans cesse, comment pouvoir aller aux toilettes, lorsqu’en 30 secondes je dois à la moindre alerte, ramasser mes bambins aux quatre coins de l’appartement et trainer le berceau de mon bébé dans la chambre étanche. J’ai donc fait un accord avec ma voisine. Pour aller en toute sérénité dans le lieu où le roi va tout seul, j’envoie ma marmaille dans la chambre étanche de ma voisine et vice versa…Même impossible de faire pipi en secret…Et j’espère que tu oseras raconter dans ton Blog, les vrais problèmes des femmes du Sud d’Israël. ”

J’ai osé.

7è jour: Tsuk Eitan et linguistique

 

 

Le nom de l’actuelle opération que mène Israël contre le Hamas, contrairement à d’autres noms d’opérations militaires israéliennes, n’est pas  le choix  du hasard d’un programme informatique. Le Chef  d’Etat major, Beny Gantz a confié cette tâche au Commandant Youd (nom d’emprunt), un des responsables de la planification de l’opération.

En anglais et en français, la traduction choisie par l’Etat major n’est pas une traduction  littérale. Bordure protectrice en français  et en anglais Operation Protective Edge.  A l’expression hébraïque, plus musclée, le nom en anglais et en français, met en exergue l’aspect défensif de l’opération.

Tsuk en hébreu צוק se traduit littéralement par rocher, un rocher tout à la fois escarpé et vertical, une falaise. Tsuk peut aussi être une avancée, une saillie.

Eytan en hébreu איתן se traduit littéralement par fort, puissant, solide, stable, inébranlable. Eytan est d’ailleurs aussi un prénom de garçon, très à la mode ces derniers mois  en Israël et dans le monde juif,

Tsuk Eytan, rocher inébranlable, falaise invincible, roc infranchissable, avancée inviolable, Bordure protectrice….