La reine Esther et l’agouna

Au début des années 2000, plusieurs organisations de femmes qui luttent pour libérer la femme agouna, ont pris la décision de marquer la journée internationale de la femme agouna, le 13 du mois juif d’Adar, le jour du jeûne d’Esther.

Comme la reine Esther prisonnière dans son palais, la femme agouna est « ancrée », « enchainée » à un mari fantôme, femme morte-vivante, sans espoir, sans statut, sans liberté.

Le sujet est un des défis majeurs du monde juif moderne.

Tout d’abord cette tragédie concerne des milliers de femmes à travers le monde. (Et d’hommes, mais le sujet est tout autre, les conséquences halakhiques étant bien moindre, pour les hommes dont les épouses refusent de recevoir le guet.)

Le refus de donner le gett ou le chantage au gett est un méga-phénomène, notamment en Diaspora. En Israël, des lois très sévères permettent de limiter les maris vindicatifs exploitants d’une manière honteuse la halakha. En Diaspora, même les Tribunaux rabbiniques les plus efficaces ne peuvent rien, face à un époux qui refuse de libérer sa femme.

Dans plusieurs pays et notamment en Amérique du Sud mais aussi dans des pays européens comme en Belgique, des femmes mariées ayant perdu tout espoir de recevoir leur guett, ont choisi de continuer à vivre et même d’avoir des enfants. A la tragédie humaine de ces femmes enchaînées, se rajoute des questions douloureuses et souvent insolubles de mamzerout, d’enfants illégitimes.

Conscients de ces tragédies humaines, le législateur israélien et l’establishment religieux ont pris l’initiative de nouvelles lois, visant à décourager les maris récalcitrants. Par ailleurs, la signature d’un contrat prénuptial, conforme à la halakha, et limitant les risques d’igoun donne déjà des résultats dans plusieurs communautés, notamment aux Etats-Unis. La possibilité d’annuler à posteriori un mariage, bien que très rarement utilisé, fait débat.

Mais pour cette journée internationale de la femme agouna, disons l’essentiel : la responsabilité du phénomène incombe à chacun d’entre nous, citoyen juif d’Israël et du monde, leader rabbinique, éducateur, dirigeant communautaire et médiatique.

Le message doit être clair : un homme juif ne peut pas retenir par la force une femme qui a dit non. Un homme juif ne peut pas négocier la liberté de sa femme. C’est contraire à la morale, c’est une indignité, c’est un opprobre pour la Loi juive.

Dernièrement, j’ai représenté devant le Beit Din, une femme religieuse, orthodoxe, d’une trentaine d’année, originaire de New York, séparée de son mari depuis huit ans. Son époux, lui aussi orthodoxe est membre actif et donateur d’une grande communauté de Brooklyn. Chacun connait le drame, chacun à choisir de se taire pendant des années. Nous connaissons des histoires identiques à Miami, à Paris, à Buenos Aires et partout dans le monde.

Lors d’un procès au Beit Din de Tel-Aviv, le Rav Stessman, un des dayan, juge rabbinique, parmi les plus importants d’Israël dans le domaine du droit familial, a répondu ainsi à un mari qui expliquait son refus de donner le guet car ” cela ne faisait que six mois qu’il était séparé de sa femme et que le divorce civil n’avais pas encore été prononcé.”

Lorsqu’il n’y a plus de chance de “shalom bait”, de paix dans le ménage, lui a répondu le Rav Stessman, que l’homme dit je ne veux plus vivre avec elle, que la femme dit je ne veux plus vivre avec lui, le guet doit être donné immédiatement. Sans attendre un seul jour. Un jour de plus c’est une situation d’igoun. ”

En d’autres termes, le guett ne peut en aucune manière être un moyen de pression. Les questions de garde d’enfants, de règlements financiers après. Et même le divorce civil, après. Le guett, d’abord.

 

Pour celles, ou ceux qui souhaitent un conseil juridique, nous avons une permanence en anglais et en français, tous les soirs du dimanche au jeudi, de 20h à 21h au +97239797755.

 

Yéhoudit a eu son guet…

 

 

Après des années de combat, Yéhoudit a eu son guet.

” Mais pourquoi dois-je payer pour avoir mon guet” m’a demandé Yéhoudit lors d’une de nos discussions pendant ces mois de combat. Ce cri du cœur d’une femme à la recherche de sa liberté est aussi la question cruciale que pose le divorce dans le monde juif. Certes, la Torah écrit qu’un homme doit donner le guet à sa femme “de sa propre volonté”, mais la Torah n’écrit pas que l’homme doit monnayer, marchander, racketter ce guet.

Le Rav Shlomo Stessman, président du Tribunal rabbinique de Tel-Aviv, un des juges rabbiniques les plus importants du monde juif, a accompagné la procédure entamée par Yéhoudit en Israël. Pour définir le statut d’une femme aguna, le rav Stessman refuse de prendre en considération des critères de temps : ” Lorsqu’il est clair qu’il n’y a plus aucun espoir et que l’un des deux, malgré tout, refuse de libérer l’autre, nous sommes dans un cas d’igoun, de retenue par la force de l’autre, quel que soit le temps écoulé, un jour ou un an.”  Définition courageuse et  avant-gardiste de la part d’une  autorité rabbinique du monde orthodoxe.

Le rav Stessman redonne au guet sa définition halakhique originale : Lorsque tout espoir d’une union a disparu, donner le guet est une mitzva, un commandement.  Et refuser de donner le guet est une enfreinte à la Loi.

L’ancien époux de Yéhoudit et les autres époux qui enchainent encore leur femme ne portent pas seuls, la responsabilité de cette entrave à la halakha.

La responsabilité incombe à nous tous, les médias, la communauté, qui véhiculons des normes mensongères. La loi juive a été prise en otage. L’esprit de la Loi a été méprisé, outragé, violé. Un guet ne se monnaie pas. Donner ou recevoir le guet est une mitzva au même titre que d’autres commandements.

Un divorce est toujours un âpre combat émotionnel, financier et juridique. Il ne doit pas être aussi un combat halakhique. Car la halakha strico-sensus prévoit au contraire un parcours, lorsque qu’une histoire d’amour devient un thriller cauchemardesque, lorsque l’amour désagrégé s’est transmué en haine, lorsque s’entremêlent vengeance et regret, haine et désirs, lorsque que tout semble apocalyptique.

Encore un mot sur le guet de Yéhoudit. La remise du guet s’est déroulée à Paris. Mais elle a été permise grâce à l’intervention énergique du Tribunal rabbinique d’Israël et du département des agunot du Tribunal, qui en créant une dynamique dans un conflit interminable a permis de trouver une solution.

Après des procédures sans issue, Yéhoudit, avec courage et ténacité avait mobilisé l’opinion publique via les réseaux sociaux et diffusé une pétition signée par plus de 2000 personnes. Comme dernier espoir, elle s’est adressée à nous, toanot rabbaniot, avocates devant le Beit Din, qui en coopération étroite avec les tribunaux rabbiniques, tentons de libérer des femmes – et aussi des hommes – d’un lien matrimonial impossible.

Yéhoudit débute aujourd’hui une nouvelle vie. Et pour nous, qui avons depuis le début cru en elle, cru en son combat, cette journée est une journée de fête et d’espoir. 

Photo, prise de la pétition publiée par Yéhudit.

 

La presse en parle…

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J’ai écrit ce livre pour dire l’humanisme, la richesse, l’humour, la poésie, l’intelligence, la modernité et l’universalité de la cérémonie du mariage juif. Et si vous ne l’avez pas encore lu, voici ce que la presse en pense.

 

Pour commander le livre 

 

“Tout sur le mariage juif à travers 400 questions et réponsesTimes of Israel

 

“Avocate auprès des tribunaux rabbiniques, la journaliste Katy Bisraor Ayache dévoile, de façon érudite et accessible, la cérémonie du mariage. Actualité juive

 

Si les livres sur le mariage juif sont légion, chacun avec son cachet spécifique, celui que propose Katy Bisraor Ayache sort assurément du lot. Il s’agit d’une véritable anthologie décrivant exhaustivement les étapes majeures du mariage juif. Le Mariage a en outre la particularité de regrouper des coutumes extrêmement diverses issues des grandes communautés juives du monde. L’auteure, journaliste de profession, a su mettre en œuvre ses compétences et son esprit d’analyse critique pour remonter jusqu’aux sources des lois et des traditions. Sous forme de questions et réponses, cet ouvrage offre ainsi un tour d’horizon complet du mariage ponctué de nombreux proverbes, anecdotes et autres développements plus approfondis. Les recherches très fouillées de ce livre en font une œuvre assurément remarquable”   Hamodia – Guesher.

 

Une véritable encyclopédie sur le mariage ! Kountrass

 

Le livre permet de personnaliser sa cérémonie, d’en faire un jour unique, tout en adoptant des usages qui ont cours dans les communautés juives depuis des millénaires. Une façon de s’affirmer comme juif. Le Jerusalem Post

 

Katy Bisraor nous dévoile dans son livre l’extraordinaire richesse du mariage juif ou se mêlent lois juives et coutumes qui ont traversé de part en part, les communautés sépharades et ashkénazes.  Israel Magazine

 

Le livre qui donne envie de se marier … Radio J

 

Le nouveau livre de référence sur le mariage ”  Desinfos

 

Pour convier les lecteurs à vivre d’une autre manière le mariage, le leur, celui de leurs amis, de leurs enfants, de leurs petits-enfants…” Tribune juive

 

Ce livre est une mine d’or d’information et de connaissance, tous les aspects du mariage sont abordés de la première rencontre, à la cérémonie elle-même, à la semaine de fête qui suit le mariage. Un livre qui a sa place dans tous les foyers. Kol Israël

 

Un ouvrage très complet sur le mariage, ses coutumes, ses règles, ses significationsLPH

 

Un mot : Passionnant…” RJM

 

Le Mariage,

Editions Pardess Création,

589 pages   – 26 €

 

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Mea Shearim

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Méa Shéarim a été maintes fois photographié. L’effervescence des rues, les immenses centres d’études talmudiques, les minuscules et ancestrales yéshivot, les mikvés d’antan, le tisch des rabbis, les hommes, portant chapeau et calotte noirs, les femmes aux longues robes poussant des poussettes, entourées par une ribambelle d’enfants, et celles au foulard noir, tout attire le regard du photographe.

Cette fois, c’est une jeune-femme française, Raphaëlle Abib qui photographie Méa Shéarim et qui expose à Jérusalem. Le regard est très particulier. Je lui laisse la parole :

J’ai découvert le quartier de Mea Shearim lors de mon premier voyage en Israël. Soudain, j’ai eu envie d’aller vers l’inconnu, vers cette communauté qui vit selon ses propres codes, hors du temps et de notre modernité. Les habitants de Mea Shearim représentent aussi un visage du judaïsme qui m’est étranger et m’interpelle. Je n’ai pas l’habitude de photographier des inconnus, encore moins des personnes avec lesquelles je ne peux communiquer par les mots. J’ai volontairement choisi de travailler avec un objectif 50mm, qui oblige à faire des plans serrés. Pour réaliser certaines prises de vue, j’ai voulu affronter tantôt l’hostilité d’un regard, tantôt un geste de refus ou des paroles dont le ton se voulait blessant. J’ai senti combien tout regard étranger est vécu comme une tentative d’intrusion inacceptable. J’ai voulu braver l’interdit, pour tenter de lever un petit coin du voile, sur ces êtres qui traversent les rues de ce quartier de Jerusalem avec une détermination sans faille. J’ai aimé les saisir pendant ce moment unique de Pessah, où les couleurs, les rituels, les symboles, sont encore plus forts. De ce face à face, que sans mon appareil photo je n’aurais pas osé vivre, je suis sortie différente.

 

Raphaëlle Abib – Série de 23 photographies 61×51 cm, impressions pigmentaires sur papier Fine Art Hahnemühle Baryté 315 g. Edition limitée à 6 exemplaires, numérotée et signée. Prix de chaque photographie encadrée: 850 us$ ou 3000 NIS

31 mai – 28 juillet 2016

Municipality Gallery Jerusalem, 17 rue Yaffo

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Shaming du rabbinat contre un mari récalcitrant

 

 

L’histoire débute il y a quatre ans. L’épouse d’Oded Guez se réfugie dans un abri pour femmes religieuses après des violences physiques graves et des sévices moraux. Le tribunal rabbinique qui en Israël jouit de la prérogative dans les affaires de mariage et de divorce, donne raison à l’épouse et exige du mari qu’il accorde le divorce, le guet à son épouse.

Selon la halacha, la remise du guet du mari à la femme, doit être pleinement consenti et ” un guet forcé” est considéré comme non valide. La cour peut donc exiger une remise de guet, prendre des mesures pour faire fléchir le mari récalcitrant, mais ne peut pas donner le guet à l’épouse à la place de l’époux.

Depuis 4 ans, Guez refuse de donner le guet à sa femme. Son épouse est une aguna, une femme qui se voit refuser le divorce ( en hébreu messourevet guet). Guez est professeur de physique à l’Université de Bar Ilan et un des responsables du département toranique (!). L’université l’a suspendu de ses fonctions d’enseignant il y a un an. Malgré cela, le refus de guet est resté tel quel. La Haute Cour rabbinique a donc décidé de publier non seulement le nom du mari mais surtout sa photo. La publication d’une photo dans un cas de divorce, aussi tragique soit-il est une décision très rare de la part d’un tribunal rabbinique. Par ailleurs, le Beit Din appelle la communauté à exclure Guez de toute vie sociale et surtout de la vie religieuse, de ne pas le faire monter à la Torah, ni même de l’inclure dans un minyan, dans la prière des fidèles de n’importe quelle synagogue en Israël et dans le monde juif.

En d’autres termes, shaming de la rabbanout contre un mari récalcitrant.  Ce qui est intéressant, c’est que ce feu vert du Beit Din est relayé par tous les réseaux sociaux. Depuis quelques heures, la photo d’Oded Guez est dans tous les réseaux sociaux israéliens.  Facebook aiderait-il au combat des “messouravot guet”. Une nouvelle date a été fixée pour le guet. Pour l’heure, Guez continue à refuser. A suivre.

Sur cette mesure décidée par le Beit Din, une explication halakhique : La possibilité de ” faire honte ” , connue dans le droit britannique sous le nom de “name and shame”, est une mesure ancestrale du droit hébraïque datant du 12è siècle et connue sous le nom de ” harkhakot déRabbénou Tam”  “הרחקות דרבנו תם”.  Rabbénou Tam, grand commentateur du Talmud et tossafiste français  est le petit fils de Rachi. Dans le ” sefer hayashar le Rabbénou Tam”, (helek hatechouvot, siman 24), sont détaillées les mesures qui peuvent être prises pour faire honte au mari récalcitrant et lui imposer ainsi de donner le guet à sa femme. En 2016, les rabbins ont utilisé les décrets du sage du 12è siècle, tout en les adaptant à l’ère de facebook et des réseaux sociaux.

 Autre question qui doit être posée. Le Rabbinat d’Israël aurait-il décider de mener une politique plus agressive face au problème douloureux des agunot. Il y a une semaine, le grand rabbin d’Israël, le rabbin David Lau, a tranché dans une affaire de divorce qui durait depuis huit ans, imposant la remise du guet, avant le règlement des questions financières. Le chantage n’est pas acceptable écrit le rav Lau, ( Je te donne le guet si tu me laisse la maison etc.) En cas de conflit financier, désormais, le mari doit d’abord donner le guet. Une autre procédure, totalement séparée de la remise du guet, sera ouverte sur le partage des biens. De la part du rav Lau, affilié au courant ultra-orthodoxe, c’est une décision courageuse. Jusqu’à aujourd’hui, beaucoup de juges permettaient un report du guet tant que les conflits financiers n’étaient pas réglés. Parfois, cela prenait des années. Le rav Lau réussira t-il à changer les normes ?

Lag Baomer en Israël

 

 

La photo, Lagbaomer, sur la place du théâtre Habima au début des années cinquante….

 

Un peu d’histoire, avant de vous raconter les feux de camp, les guimauves, les mariages et les images du Lag Baomer. Entre Pessah et Chavouot, Israël et le peuple juif fête le Lag Baomer,  33 ème jour de la supputation de l’Omer. Lag, les deux lettres hébraïques de lamed et de guimel représentent en guématria,  la numération hébraïque, le chiffre de 33.  Le Lag Baomer est aussi  la Hilloula, l’anniversaire de la mort du rabbi Shimon bar Yohaï,  l’auteur présumé de la Cabale, du Zohar qui a vécu au début du IIe siècle de l’ère chrétienne. Selon certains exégètes, la tradition d’allumer des feux de joie le Lag Baomer symboliserait le feu de la Torah, qui sera révélée lors de la fête de Chavouot. D’autres estiment que la pratique   rappelle l’ancestral allumage des feux de camp pour la néoménie. Et pour d’autres, les feux symbolisent la lumière amenée au monde par la Cabale. Le Lag Baomer, est une tradition relativement récente. La date n’est mentionnée ni dans la Bible, ni même dans le Talmud. Et les premiers témoignages sur cette journée de fête datent de la fin du XVè siècle, où des sages de l’époque, habitant Safed, racontent comment ils se rendaient autour de la tombe du Rabbi Shimon Bar Yochaï à Méron pour y allumer des feux de joie.

  •  Du nord au sud d’Israël, depuis plusieurs semaines, des bandes d’enfants empruntent les chariots des supermarchés pour transporter des planches de bois dénichés sur les sites de construction.
  • Un entrepreneur tente vainement de protéger son chantier et explique aux garnements que les poutres servent à construire des maisons et pas à être brûlées dans les feux du Lag Baomer.
  • Le ministre de l’éduction confie à son équipe ses inquiétudes. “Nos enfants allument des feux de joie sans savoir pourquoi.”
  •  Les Verts appellent à abandonner cette tradition trop polluante. La pollution quadruple la nuit du
    Lag Baomer
  • A Méron, devant la sépulture de Rav Shimon bar Yohaï, des femmes allument des bougies sur d’immenses plateaux emplis de sable blanc.
  • Toujours à Méron, en l’honneur de sa première coupe de cheveux, un garçonnet de trois ans goute un gâteau au miel. C’est la cérémonie traditionnelle du “Halaké”. Mais les hassid, savent ils que le mot vient de l’arabe? Halaké, couper, raser en arabe…
  • La nuit du Lag Baomer, une photo prise par un satellite, montre Israël illuminé de milliers de points de lumière — autant de feux de joie.
  • Voile blanc, musique et émotions, dans les salles de fête, c’est la nuit des mariages.
  • Du nord au sud d’Israël, on se régale autour des  feux de joie, de pomme de terres cuites à la braise et de guimauves blanches, grillées à plaisir. Lag Baomer en Israël

Chers abonnés de mon Blog, pour tout vous dire, je n’ai pas eu le temps ces derniers jours d’écrire mais pour ne pas manquer le lag baomer, je remets en ligne un des papiers que j’avais déjà publié.

This place

Stephen Shore, Sud de Safed

Stephen Shore, Sud de Safed

Joseph Koudelka

Joseph Koudelka

 

Frederic Brenner

Frederic Brenner

 

 

Un autre regard sur Israël. Sans apriori. Détaché des préjugés idéologiques et des clichés. Des opinions partisanes. Et aussi un regard très poétique

Cette exposition de photos itinérante est signée du photographe français Frédéric Brenner qui a demandé à douze grands photographes du monde de venir voir Israël. Aucun n’est israélien. Aucun n’est palestinien.

Après Edout Mekomit, Témoignage local, l’exposition de photographes israéliens dont j’avais parlée il y a quelques jours, cette fois Israël vue de l’extérieur.

Mes trois photos préférées mais le choix a été difficile.

Le lien à ne pas manquer…

http://this-place.org/

 

Le Rabbin Ovadia Yossef, à travers le regard de sa fille

 

 

A travers le regard de sa fille, Adina Bar Shalom, un autre aspect surgit de la personnalité complexe du grand rabbin Ovadia Yossef, qui vient de s’éteindre à Jérusalem.

Géant de la Torah, chef spirituel du judaïsme orthodoxe sépharade, le rabbin Ovadia Yossef avait aussi à bien des reprises su oser. ”Il est bien plus facile d’interdire que de permettre” disait-il en parlant des décisionnaires talmudiques. A trois reprises, le grand rabbin avait dit oui. Lors de la guerre de Kippour en libérant les veuves de la guerre de leur statut d’aguna. Face au judaïsme éthiopien en s’opposant à l’orthodoxie ashnénaze et en tranchant sur la judaïté de cette communauté. Et aussi face à la démarche révolutionnaire de sa fille d’ouvrir la première académie orthodoxe.

J’ai rencontré à plusieurs reprises Adina Bar Shalom, pour l’écriture de mon livre. Voici quelques extraits de ces rencontres telles qu’elles sont rapportées dans le livre, où elle parle de son père.

Sur la création de l’académie

“…. Chapeau noir, bas opaques, tailleur strict et lunettes ovales, Adina Bar Shalom n’a rien d’une militante féministe. Pourtant, c’est bien une révolution féminine qu’a initiée la fille du rabbin Ovadia Yossef avec l’ouverture de la première institution universitaire pour femmes ultra-orthodoxes. …. ….La fille a suivi les traces de son père. Le même refus des carcans désuets caractérise le rabbin Ovadia, le chef spirituel de l’orthodoxie séfarade. Le père d’Adina Bar Shalom a plus d’une fois tranché en faveur de la femme. Mais, en appuyant de tout son poids le projet de sa fille, en acceptant l’intrusion de l’académie au sein de l’orthodoxie religieuse, le rabbin a frôlé le sacrilège. Son audace a mobilisé contre lui le judaïsme orthodoxe ashkénaze. Des pamphlets véhéments, affichés jusque dans la rue, qualifiaient sa décision de blasphématoire et appelaient au boycott de la nouvelle institution: « Comment accepter que les jeunes filles religieuses étudient Freud, pour qui la religion est un symptôme névrotique !» Décisionnaire incontesté à la tête d’une communauté majoritaire, le rabbin séfarade a fait fi de ces critiques….. Je voulais changer fondamentalement la vie des femmes orthodoxes en leur donnant le droit de choisir. Je voulais faire quelque chose de grand, laisser l’empreinte de mon père ». « J’ai compris que l’accord de Zabulon et d’Issachar ne régirait plus les relations entre religieux et laïcs. Les Israéliens n’accepteront plus de travailler pour financer le monde religieux. Nous devrons trouver nos propres moyens de subsistance. Sans farine, pas de Torah, dit la maxime. Et j’ai donc fondé cette université.

Sur les souvenirs d’enfance et les liens avec la communauté ashkénaze

Adina Bar Shalom est née en 1945 à Jérusalem. Puis, elle a grandi en Egypte où son père, qui n’était pas encore le leader du judaïsme séfarade, était responsable du tribunal rabbinique. Dans les souvenirs d’Adina s’entremêlent les promenades sur les rives du Nil, les pyramides, les chameaux et les attaques contre la petite communauté juive du Caire lorsqu’en mai 1948 est créé l’État d’Israël. Quand, à l’âge de six ans, Adina revient en Israël, son père exige qu’elle entre dans le Beit Yaacov, le réseau scolaire orthodoxe ashkénaze….

 

Sur le souvenir et l’exemple de son père

…. J’avais onze ans lorsque nous avons quitté notre appartement de deux pièces à Jérusalem. Six enfants ne peuvent dormir dans une même chambre, laquelle de surcroît sert de bureau avait décrété ma mère. Pourtant, c’est dans mon lit, en regardant mon père penché sur ses écrits dans cette pièce tapissée de livres, chambre d’enfants et bureau du rabbin, que j’ai découvert le goût de lutter et l’amour du savoir.

Sur la halacha de son père

….Une histoire, qui dit tout. C’était lors de la shiva, la semaine de deuil de ma mère, la rabbanit Margalit. Certains ont dit, les filles s’assoiront dans une salle, les fils avec leur père dans l’autre. Mon père a entendu s’est levé et a tranché en quelques mots: ” mes filles s’assoiront là, à coté de moi, avec moi.”

 

Les dames orthodoxes à la Mer Morte

 

C’était il y a quelques semaines dans un grand hôtel sur les bords de la Mer Morte. L’hôtel avait  été réservé par une  yeshiva lituanienne de Bné Brak. D’énormes panneaux de bois plantés sur les graviers et plongeant dans l’eau, séparaient  strictement la plage en deux. A gauche, pour les hommes, à droite pour les  femmes. Une à une, ou en petits groupes, elles sont arrivées avec leur ribambelle d’enfants.

En quelques minutes, elles ont changé leur robe stricte et leurs bas noirs en longs peignoirs de bain colorés, leur coiffe sombre ajustée sur des perruques, en bonnet de bain fleuri. Leur air sérieux s’est métamorphosé en sourire jovial, les mots pesés en conversations coquines sur les maris-enfants-belle-mère-ménage et “cholent”  de shabbat.

Assises en rond, au bord de l’eau, flottant comme des ballons sur la mer de sel, ces dames  impénétrables, dures et tranchantes, étaient devenues drôles, charmantes et  accueillantes. A chacune, de s’étaler de la boue noire et gluante sur le visage et les bras, à d’autres de faire  la planche à plaisir les yeux fermés face au soleil sur l’eau  immuable, et d’autres encore à prendre en peignoir une douche glacée en riant aux éclats.

Une très vieille dame ridée avait un bonnet de bain blanc et un peignoir bleu en s’aspergeant avec délice d’eau salée – la mère du rabbin de la yéshiva, me dira t-on plus tard –  expliquait avec enthousiasme à ses filles, belles-filles, petites et arrières petites filles: ” Mes enfants, remerciez Dieu, mais merci Dieu, pour ce bain de sel. Mais regardez ce que Dieu a fait. Une mer de santé.”

Dans le hammam évidemment strictement réservé aux femmes,  dans l’opacité des  vapeurs et l’humidité du spa, les conversations se sont faites encore plus ouvertes. “Mes études, mon travail… oui mais bien sûr avant tout, mon mari, mes enfants, mais ma carrière…, ma gym…. mon temps à moi…. et une autre de poursuivre, pour le bien de la famille,  l’épouse et la mère de famille doit être heureuse, satisfaite, accomplie…”. Presque le discours des féministes des années 70.

Je l’avais remarqué et écrit d’ailleurs sur ce Blog. La femme orthodoxe israélienne – certaines en tout cas – ont créé un modèle très particulier de  révolution féminine.  Une révolution de l’intérieur. Attachées scrupuleusement à leur croyance  et à leur famille, souvent fer de lance du respect de  la tradition religieuse, elles ont créé tout à la fois un espace d’indépendance, de liberté et de créativité.

 

 

La femme orthodoxe

 

Presque un million de femmes religieuses vivent en Israël, 30 % des femmes israéliennes. Un groupe homogène dans sa volonté de vivre un quotidien  conforme à la tradition juive mais  fort différent dans  la manière d’appréhender ce judaïsme.

Tout sépare la femme ultra religieuse de « Toldot Aharon » rasée en fouloir noir confinée chez elle et rejetant l’existence de l’Etat d’Israël, la femme  des communautés ashkénazes de Bnei Brak travaillant et portant la perruque, la femme sépharade militante de Shass participant à des meeting de charité, ou encore la religieuse mère de famille, étudiante  à l’Université et liée au «  mouvement des kippas tricotées «.(Jargon local pour définir le judaïsme nationaliste, à différencier des kippas noires portées par les hommes des groupes orthodoxes.)

Pourtant toutes, certes à des degrés différents vivent  une révolution féminine, discrète presque silencieuse mais qui change déjà le statut de la femme religieuse en Israël.

La dernière étape de ce processus d’émancipation, la révolution éducative, a débuté dès le début du XX siècle et connait depuis 20 ans en Israël des  développements surprenants qui amènent des femmes orthodoxes à exiger un rôle croissant dans le devenir juif.

Une révolution féministe de l’intérieur

La révolution féministe que vit la femme religieuse en Israël n’a rien de commun avec le mouvement féministe européen ou américain. Il s’agit d’une révolution de l’intérieur,  qui ne veut en aucune manière  porter atteinte aux fondements de la société religieuse.

A titre d’exemple, ces femmes qui ont choisi d’étudier des professions réservées auparavant au monde laic, continuent, fièrement à se couvrir la tête.  Si certaines revendiquent le droit à la contraception, ( en général discrétement), le bain rituel n’est pas remis en question. Les rituels de la vie juive traditionnelle, la prière, le shabbat, les fêtes juives, restent sacrés.

En fait, presque toutes les femmes que j’ai interviewé m’ont dit chacune à leur manière, qu’elles tenaient à révolutionner leur quotidien sans remettre en question le cadre de l’orthodoxie juive.